Rencontre avec la vraie Inde épisode 1 : Du champ de riz à l’école

Publié le par ind'épendante

Parce que depuis que je suis allée à Pune (un voyage qu’il faudrait aussi que je vous raconte d’ailleurs) j’ai une expression pour qualifier ces moments précieux que je vis ici. Ceux qui se trouvent en dehors des sentiers touristiques. Ceux que vous ne pourrez vivre que si vous vous laissez aller à la vraie vie, sans être trimballé toute la journée dans un taxi dont vous ne sortez que pour aller prendre en photo un monument. Et cette expression est celle de la découverte de « la Vraie Inde ». Une Inde généreuse, faite de sourires, d’accolades, de partage de traditions, d’échanges et qui peut aussi parfois heurter. Une Inde qui touche, tout simplement.

Le premier pas vers cette vraie Inde se fit à Hampi,

Alors que le soleil se couchait, nous sommes allées dans les rizières derrière la guesthouse. Au début c’était pour prendre de jolies photos. Puis nous nous sommes mises à observer les femmes qui travaillaient dans les champs de riz. C’était assez intriguant il faut dire, et c’est à ce moment là que nous nous sommes rendues compte que nous ne savions pas réellement comment poussait le riz. Les femmes déplaçaient de grosses bottes de feuilles de riz dans l’eau. Au début elles les enlevaient, puis les mettaient dans des sacs. Cependant, nous ne voyons aucune graine de riz sur ces bottes et nous nous demandions bien pourquoi elles les enlevaient. Puis nous en voyons planter ces mêmes bottes, ou les déplacer, les espacer. Au loin encore, un bœuf laboure un champ, puis un tracteur. Le mystère reste entier. Évidemment, les paysannes ne parlent pas anglais, et pas même hindi puisque la langue du Karnataka est le Kannada. Je me dis que c’est trop bête et que j’irai donc voir sur internet comment ça se passe. Cependant le lendemain, nous y retournons pour avoir des photos à la lumière du jour. Et là, un homme supervise les travaux d’un autre, qui creuse les digues qui séparent chaque plantation pour permettre à l’eau de s’écouler entre les terrasses et entre les rizières. Me disant que s’il est le chef il doit être plus éduqué je me lance. En effet il parle un peu anglais. Assez pour m’expliquer qu’ils sont en fait en train de repiquer les bottes de feuilles de riz dans les rizières supérieures qui ont été préalablement extraites des rizières inférieures où les feuilles avaient commencées à pousser, ainsi dans les rizières inférieures ils labourent et replantent des graines pour refaire pousser les prochaines feuilles qui serviront encore à faire des bottes etc. etc. La récolte est attendue dans 4mois (pas étonnant que nous ne trouvions pas le riz). Il m’explique également que le riz pousse sur la feuille, au sommet (et maintenant que j'y repense ça me semble logique puisque c'est une céréale donc ça fonctionne comme le maïs). Le travail des femmes est pénible, debout, au soleil, les pieds dans l’eau, la tâche minutieuse et répétitive. Elles ont cependant toute la même position qui ,me semble t’il leur permettrait d’avoir moins mal au dos en fin de journée. Le bœuf se repose, le tracteur a pris le relais. Je repars toute heureuse de ma leçon, le sourire des travailleuses en plus.

Mais les leçons n’étaient pas finies à Hampi, une deuxième nous attendait lors de notre ascension de la colline Hemakuta. Là, derrière les premières maisons colorées qui seront bientôt refaites par le gouvernement pour rendre le tout plus harmonieux aux yeux des touristes, des enfants marchent en groupe, des sacs sur le dos. Il doit y avoir une école à proximité. Ma marraine, directrice de crèche, veut absolument aller voir à quoi ressemble une école, et pourquoi pas leur chanter une comptine. Je dois avouer que personnellement, n’ayant vu que des écoles privées ultra riches, ma curiosité me donnait également très envie d’aller voir. Même si j’avais peur que nous soyons trop intrusives en rentrant dans le village. Une fois devant « l’école », que nous ne reconnaissons qu’au fait que les enfants en sortent (c’est une maison comme une autre, qui doit faire 20m2), nous essayons de parler à la maîtresse pour lui expliquer ce que nous faisons là, et que nous voudrions voir comment les enfants étudient. C’est l’heure du repas, ils sont à cette occasion tous assis ensemble dans une des « classes » de la salle, qui n’a pas de bureau. La maîtresse nous demande de repasser dans une demi-heure.

 

Une fois revenues de notre ascension vers le monolithique de Ganesh nous sommes donc revenues à l’école. En entrant nous n’osons pas trop parler car le professeur est en train de faire la leçon. Les élèves sont très studieux et attentifs, notre présence ne les perturbe pas contrairement à ce que j’appréhendais.

Les moyens sont pauvres : bureau pour certains, assis par terre pour les autres, quelques cartes de géographie et tableaux noirs tout de même, des cahiers de devoir pour les enfants et des livres, tout ce que l’on trouve dans nos écoles en somme. Du moins tout ce qui est essentiel. Cependant ce minimum doit être cher pour eux. (Des enfants nous ont demandé durant notre voyage si on pouvait leur donner des stylos, je supposerai que c’est pour cet usage). Sur les cahiers, des lettres en hindi et en anglais, les deux langues qu’on leur enseigne avant même d’apprendre leur langue maternelle. Certains sont en cours de calcul, au programme multiplication. D’autres apprennent la géographie, ou l’anglais. Quatre classes cohabitent, séparées par des paravents ou parfois un mur. Heureusement que les élèves ne parlent pas, sinon ça deviendrait vite le chaos. Nous ne nous attardons pas. Et, lorsque nous quittons la pièce… les enfants se mettent à parler. (Je me disais bien qu’ils ne pouvaient pas être aussi calmes). Ce moment était bien, et j’ai pu voir comment l’enseignement se passait lorsqu’il était public. Ma marraine a parlé un peu avec une des maîtresses en lui expliquant son métier. Elle semblait très étonnée de l’existence des crèches (il faut croire que dans les villages comme ceux-ci ça n’existe pas). Nous les avons remerciés et sommes parties enrichies de deux leçons différentes.

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