Un dimanche ordinaire

Publié le par ind'épendante

    Alors que j’avais décidé de rester enfermée chez moi durant ces trois derniers jours, me transformant en vampire (je rappelle que mon appartement n’a pas de fenêtre), ma période d’atonie prit fin ce dimanche. Après un début difficile, c'est-à-dire un réveil en retard par rapport à la sonnerie de mon portable, ce fut finalement l’appel d’une jeune étudiante en journalisme qui me réveilla. Elle doit, pour ses études interviewer une journaliste étrangère exerçant en Inde et veut me rencontrer avec son équipe (je considère cependant que ces étudiants doivent surement avoir un niveau plus élevé que le mien sachant que je n’ai jamais eu de cours de journalisme et que je me considère plus comme étudiante que journaliste). Enfin, connexion à facebook, hotmail, overblog. Rien de neuf. Reconnexion à facebook (Bah quoi on ne sait jamais ça peut changer en dix minutes !). Toujours rien. J’allume la télé, rien d’intéressant, sauf le Sixième sens que je n’ai jamais vu, mais il passe à 18h30. Bon, dernière solution, je ne vais quand même pas juste déjeuner, seule à table (ma colocataire est rentrée en France pour deux semaines hier). Je finis enfin de regarder 99Fcs avec mon jus de Cranberry et deux paos (ouii l’article sur la nourriture arrive bientôt). Il ne me restait que 15minutes à visionner. Je n’avais pas raté grand-chose. Et maintenant ? Mon esprit commence à rêver de voir la lumière du jour. Mais où aller ?

-          Bord de mer ? Chowpatty est bondé et plein de bandes de mecs indiens, je ne serai jamais tranquille. Le bord de mer au Gateway est plein de touriste et par conséquent de vendeurs je ne serai jamais tranquille. Marine Drive est plein de couple et d’enfants pauvres, je n’ai envie de voir ni l’un, ni l’autre.

Bon tant pis, qui a-t-il d’autre sur le disque dur de ma coloc ? Ah ! Ah ! Bowling for Columbine. Cette histoire de fusillade dans un lycée m’a toujours fascinée, et j’adore Michael Moore. On verra bien si l’inspiration me vient après pour aller trainer. De toute façon c’est 12h30, autant manger devant un film avant de partir.

14h, le film était très bon, comme d’habitude avec M.M. Et... j’ai enfin trouvé où aller. Un parc ! Après tout j’ai la rare chance d’habiter près de plusieurs espaces verts bien entretenus. D’habitude un jardin ressemble plutôt à 2M2 de boue, de jardins pour enfants cassés, sans banc pour s’asseoir bien entendu. Non seulement le parc de Colaba offre une vue sur la mer (derrière des barbelés certes mais tout de même), mais il est vraiment vert, ombragé, et assez grand, sans oublier qu’il y a des bancs. Le temps est parfait, un magnifique temps d’hiver (qui correspond donc à un temps printanier en France), une légère brise qui fait baisser la température, je mettrai presque une veste sur ma robe. Dernier argument, j’ai eu un tout nouveau livre en français offert par Macha, de Kundera, depuis le temps que j’en entends parler en cours d’éthique et politique de celui là, c’est enfin l’occasion de le lire.

C’est donc à pied que je me rends au parc qui se trouve à 5 ou 10minutes de mon appartement, je retrouve aisément le chemin même si je ne m’y suis rendue qu’une fois. Un mec un peu lourd me suit dans la rue (je savais que j’aurais dû garder mes lunettes de soleil), j’avais oublié qu’en Inde on ne se fait pas jolie pour sortir seule dans la rue. En arrivant, je trouve une bande d’amis en train de faire une partie de Cricket au milieu de la rue (c’est une zone résidentielle). Ils m’ePhoto0055.jpgnvoient (par accident) la balle dessus, que je tente de rattraper, sans y parvenir (je suis myope et j’avais un livre à la main pour ma défense). Je les dépasse et l’un d’entre eux me dit « bien essayé ». Moi qui pensais que c’était passé inaperçu… Enfin, le plus gros échec n’était pas de ne pas rattraper cette balle mais bel et bien d’arriver devant les grilles… fermées. Ce parc n’ouvre que de 9h à 11h et de 16h30 à 20h30. Et bien tant pis! En repassant devant les garçons j’ai le droit à l’éternel, « d’où viens-tu ? » auquel je réponds comme d’habitude « De France mais j’habite à Mumbai ». Ils me proposent alors d’essayer de jouer au cricket, je ne leur dis rien, fais semblant d’hésiter, mais au fond je me dis que ça tombe très bien j’avais justement très envie d’essayer au moment ou je les ai vu en arrivant. Je leur explique que je ne connais pas les règles mais ça n’est pas très grave car le tournoi se passe à quelques mètres, ici ils ne font que s’entraîner à envoyer la balle. Il ne me reste qu’à me rappeler mes cours de sport de baseball du collège (oui j’avais un collège cool). Je rate le premier essai mais réussis à renvoyer les trois balles qui suivent de plus en plus loin et haut. Les garçons sont tout impressionnés, et moi plutôt fière de voir que les heures d’entrainements de baseball à m’en déboiter l’épaule sur … la Wii, ont servi à quelque chose. Ils prennent une photo, et je m’en vais, j’ai un livre à lire (et je n’aime pas rester trop longtemps seule avec des dizaines d’indiens en groupe que je ne connais pas je l’avoue). Ils ont l’air cool, j’ai leur email, peut être que je viendrai faire une vraie partie un de ces quatre qui sait.

IMG00174-20120129-1443.jpg

Enfin bon, par malheur, le lourdingue au T-shirt vert qui me parlait à l’aller est toujours là, et comme il m’a vu parler avec les garçons il veut faire de même. Il me suit, me suit encore, il a un anglais atroce, il fait des phrases qui ne veulent rien dire et ne comprend pas que je lui demande « où il va maintenant » (Histoire que je m’arrange pour partir coté opposé). Je comprends vaguement qu’il veut m’apprendre le cricket mais étrangement j’en ai beaucoup moins envie quand c’est lui qui propose, et qu’il veut aller boire un verre (typique des indiens lourds). Il veut savoir où j’habite, je lui réponds vaguement Colaba, il met trois heures à comprendre que je ne vis pas dans un hôtel mais bien dans un appartement. Il veut savoir le nom du building. Bah oui évidemment, et tu ne veux pas que je te donne le numéro de la porte, et que je t’invite dans mon lit directement aussi ?! Enfin bref je lui explique gentiment que je ne lui donnerai pas mon adresse mais comme on se dirige dangereusement vers celle-ci je me sens obligée d’avoir recours à la dernière technique possible pour me débarrasser de lui. « Je dois me rendre quelque part je dois prendre un taxi ». Ouf, il y en a un qui passe, je saute dedans, lui serre vite fait la main « Nice to meet you » même si je n’y crois pas une seconde (Ne jamais vexer un indien en lui disant qu’il est lourd même si c’est vrai). Il demande au taxi de me conduire au Gateway of India (Mais P****n je ne suis pas une touriste !).

Ouf, il est loin, et bien je n’ai plus qu’à me rendre à ma deuxième option en taxi maintenant que je suis dedans. « Fort » dis-je au chauffeur. Il a l’air étonné que je change de direction, j’ai failli lui expliquer qu’il venait de me sauver la vie, mais bon, je ne sais pas encore dire ça en hindi et il ne comprend pas bien l’anglais. C’est étrange, d’indiquer le chemin du bureau un dimanche. Je ne me rends jamais dans ce coin là le week-end, comme on ne se rendrait pas devant son école un dimanche après midi. Cependant il y a également un parc en forme de cercle dont le point centrale est une fontaine, qui se trouve juste à côté de mon boulot et devant lequel je fais arrêter les taxis tous les matins, et aujourd’hui également. Sauf que cette fois, je ne me rends pas au bureau mais dans le parc, une petite place sur le gazon (sans s’allonger. Voyons on n’est pas à la plage !). Ouf ! Je peux enfin me plonger dans mon livre.

56pages plus tard, soit l’équivalent d’un chapitre qui ressemblait à une nouvelle je décide de rentrer (à pied cette fois). Et je découvre alors le visage du quartier de mon bureau un dimanche. Des rues vides (puisque c’est un quartier de bureaux) et des jeunes qui jouent au cricket à tous les coins de rue. Je me croirais dans un village paisible, sans klaxons, avec du soleil, la brise, et le bruit des personnes qui s’amusent. Je reviendrai par ici c’est sur. « Hey ! Hey ! », Une balle arrive sur moi, les garçons me préviennent, cette fois je la rattrape (bon ok elle roule par terre) et la leur renvois. L’occasion de constater qu’un an de handball me permet toujours de savoir renvoyer une balle droite et loin :-)

Me voilà à Flora Fountain. Le parking est vide, enfin vide des voitures habituellement garées ici mais plein de familles pauvres, les enfants jouent à la marelle, ou d’autres jeux dessinés à la craie sur le sol. Ce sont les mêmes que ceux que je vois tous les jours, mais cette fois ils sont tous là, et ne sont pas cachés par les voitures. J’arrive enfin chez moi vers 16h30, mais 2h30 de lumière après trois jours ça ne me suffit pas. Il me manque encore quelques instants dehors pour me remettre en selle dans la vie Mumbaikarde et oublier que j’ai passé deux semaines à sillonner l’Inde. Ça tombe bien c’est l’heure du goûter et il faudrait tout de même que j’avance un peu cette article sur l’économie que je vous ai promis il y a plus d’un mois. Je prends donc mes notes et me rend au café d’à côté. C’est parfait, maintenant je comprends pourquoi les écrivains aiment écrire dans ce genre de lieu. Je finis mon café en même temps que la lecture de mes notes prises en conférence. Et finis ma petite virée par le marché, histoire d’acheter de quoi me nourrir ce soir.

Finalement, Mumbai est un village, par quartier évidemment, mais je peux y trouver les même petits plaisirs simples qu’à Aix. Même en étant seule un dimanche. Des rencontres, des coins tranquilles, des marchands qui vous connaissent à la longue. Mumbai n’a pas grand-chose à envier aux autres capitales, juste un peu plus de soins apportés à la propreté et à l’entretien des espaces publics ainsi qu’un développement des infrastructures. Pour le reste, s’ils arrivent un jour à dépolluer la mer d’Oman, je reviendrai m’installer et j’irai me baigner tous les jours à Chowpatty. Enfin, pour l’instant je me contenterai des jardins publics.

Publié dans Vie de tous les jours

Commenter cet article