Nationalisme et frères ennemis

Publié le par ind'épendante

Nous embarquons à 6 dans un taxi à 100rs chacun. On passe devant quelques bâtiments durant le trajet, jolis mais un peu en carton pâte. La route n’est pas si longue car nous discutons. Les coréens sont très amusants car ils prennent trois mille photos d’eux avec les doigts en V ou avec des pauses du visage assez drôle, le cliché du culte de l’image croisé avec de l’hyper technologie siglée Samsung, mais pour autant, ils ne sont pas un brin tournés vers eux-mêmes et sont très ouverts et gentils bien qu’ils ne parlent pas tous très bien anglais à ma grande surprise. On croise des gens sur la route qui lorsqu’on s’arrête aux feux rouges se précipitent sur notre véhicule avec des gobelets et des pichets de boissons multicolores. Je n’en prends pas mais d’autres oui, là encore il s’agit d’eau filtré avec des jus de toutes sortes pour faire en sorte qu’on ne meurt pas de soif, tout ça gratuitement. Je vais finir par croire que c’est la ville ou l’État qui a ordonné de distribuer de l’eau à tout le monde contre la canicule.

 

On arrive enfin à la frontière et c’est la grande attraction. Des centaines de personnes sont là. Des mini drapeaux et autres goodies kitsch pour supporter l’Inde sont vendus ainsi que des tonnes de bouteilles d’eau. On attend sagement l’ouverture de l’allée qui conduit aux gradins sur un côté alors qu’une queue d’indiens se forme, on s’en fout, on a des places réservées, il fait bon être étranger au moins quelques fois tout de même !

 

35minutes plus tard, après avoir acheté un drapeau, un « éventail » très étrange et des litres d’eau, la foule s’agite, se bouscule, à la limite de se piétiner : On est en Inde, quoi qu’on puisse observer ce genre de comportement dans plusieurs pays dont la France selon les occasions. Nous passons tranquillement après la bataille : un champ de tongs perdues ou arrachées, de drapeaux indiens piétinés : Et bah bravo ! Deux queues se forment : filles/garçons pour passer le check point : ça ne rigole plus, des militaires à cheval nous groupe entre blancs, on rencontre alors des gentilles australiennes : quatre filles qui ont fait du bénévolat dans une ONG à Delhi via une association : Youth without borders ou un truc du genre. Je cache mon sac photo que j’ai voulu gardé personne ne s’est accordé pour savoir si on avait ou non le droit de garder un sac à main, sachant que les gros sacs doivent être consignés obligatoirement avant de passer le check point. Celle qui me contrôle me capte mais ne dit rien : Ouf !

 

Nous arrivons enfin à nos arènes, même entrée que pour les VIP, puis on s’assoit sur les marches brûlantes du gradin. Dur de ne pas se lever à cause de la chaleur qu’elles dégagent mais un militaire avec son sifflet nous fait asseoir régulièrement. Les gradins côté indien encadre en arc de cercle une allée qui conduit à un portail en fer. Celui-ci fait face au deuxième portail. De l’autre côté de chaque allée, entre les gradins se trouve une grande porte et une photo de chaque leader est exposée en hauteur. Les baffles dans chaque gradin diffusent des chansons à la gloire d’un des deux pays. Cependant si en Inde cette cérémonie de clôture des portes journalières est vue comme un vraie spectacle, du côté pakistanais il y a bien moins de monde et peu d’ambiance (également parce que les pakistanais sont moins touristes dans leurs propres pays que les indiens). D’un coup, la foule s’agite, des militaires apportent des drapeaux indiens et les donnent à des jeunes du public qui courent jusqu’au portail et reviennent sous les acclamations du public. Tout le monde commence à descendre dans l’allée, à former une queue, enfin les enfants… et nos coréens ! Du coup ils me donnent envie de les rejoindre! Après tout j’ai envie de porter les couleurs du pays qui m’a accueillit bien que je ne sois pas vraiment du genre à soutenir l’exacerbation du conflit entre les deux pays sous quelque forme que ce soit. Et puis c’est bon enfant ici, et des deux côtés (du moins le jour où j'y étais). Avec Sarcam, le turc, on descend et nous faisons les portes drapeaux. Les indiens sont contents de voir des étrangers porter leurs couleurs. Puis il y a plus de chansons et toutes les femmes cette fois descendent pour danser, c'est trop bien ! ça me rappelle les souvenirs de tous les festivals ! Je les rejoins et on s’éclate, on fait des concours de déhanchés et de mouvements de mains et d’épaules. On sympathise aussi avec une super jolie indienne d’Amritsar et sa pote ainsi qu’avec deux des australiennes. Je remonte prendre mon appareil et ma caméra mais un des militaires ne veut pas que je redescende si je monte dans les tribunes. Selon lui il y a trop de foule ! (Je pense très fort « J’y étais il y a trente secondes, je peux bien y retourner, puis c’est pas un militaire qui va m’empêcher de m’amuser ma dernière semaine ») Résultat des courses, je m’en fous royalement de ce qu’il me dit (heureusement je ne réalise pas que je parle quand même à un vrai militaire et pas un mec en costume) et il me laisse passer, encore deux danses, des souvenirs enregistrés et retour au siège pour de bon cette fois. Pendant ce temps les pakistanais n’ont pas bougé !

 

Encore quelques acclamations à la gloire de l’Inde « Hindustan Zindabad ! ». Aucune insulte contre l’ennemi. Vient le temps de la cérémonie militaire, démonstration de jeté de jambes, à mi chemin entre de la gymnastique et du ridicule. Ça sert à « effrayer » le pakistanais qui fait la même chose en essayant de montrer qu’il monte sa jambe plus haut encore. On ferme, on ouvre, on ferme, on réouvre, je ne comprends pas grand-chose à la manière dont ils ferment leur frontière. A finalement on ferme ! On tire les cordes, on sonne le clairon, et finalement on abaisse les deux drapeaux. Lorsque ceux-ci se croisent les bandes blanches et vertes des deux drapeaux se mêlent me rappelant alors la proximité et l’écart si fort de ces deux pays. Frères ennemis jusque dans les vêtements de l’armée, même costume mais couleurs différentes, très proche des codes couleurs religieux de l’hindouisme d’un côté, de l’islam de l’autre.

 

Le show se finit, petite séance photo avec les militaires qui ressemblent décidément à des mascottes plus qu’à des soldats, on repart, on perd du monde en route, puis on les retrouve, nous voila au complet ! Le retour est plus silencieux, tout le monde est fatigué je pense mais je garde de cette sortie un souvenir à la fois amusé de tant de cérémonie formelle et de démonstration de foce, et parfois je me sens plus amère lorsque je songe au conflit qui ronge ces deux nations anciennement unique.

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