Une autre vision sur Dharavi

Publié le par ind'épendante

Ceci est la traduction de l'article qui est paru dans mon journal il y a désormais un mois. Évidemment il est adressé aux Indiens et n'est donc pas présenté comme s'il était présenté à des français. La ligne éditoriale était de montrer un regard différent sur Dharavi et son industrie.

Pour ceux qui préfèrent le lien de l'article en version originale: http://afternoondc.in/dairy/dharavi-a-comprehensive-look-see/article_47212

Qu’est ce qu’un Mumbaikar sait-il vraiment du bidonville de Dharavi? Peu de chose. Principalement, il pense que ce bidonville est plein de détritus, qu’il est sale et que c’est un quartier pauvre, bien qu’il sache qu’une partie du bidonville est dédié à l’économie.

Pour apporter un nouveau regard sur ce qui est appelé un ‘slum’ ADC s’est rendu à Dharavi avec une compagnie locale organisant des visites dans le bidonville. Mis à part le fait que Dharavi ait une des plus fortes densités du monde (Environ un million de personne sont réparties sur 175 hectares, soit l’équivalent de la moitié de Central Park à New York) ce slum se différencie des autres par une activité économique fourmillante et dynamique. Avec plus de 10,000 entreprises présentes au sein de Dharavi, on peut constater que chaque habitant travaille ou est occupé, cassant ainsi le stéréotype du « slum dweller » fainéant. Dharavi est une communauté autosuffisante, avec ses propres hôpitaux, écoles publiques mais aussi privées et de nombreux marchés. L’argent provenant de l’industrie a notamment contribué au développement de ces facilités. Néanmoins, bien que Dharavi engrange un exorbitant montant de 665millions de dollars par an, la part reversée aux travailleurs est encore trop mince.

La réaction commune des touristes ayant visité Dharavi est habituellement celle-ci “Je m’attendais à voir pire, je pensais par exemple que les maisons seraient faites de tôle et non pas de structure si… permanentes. J’ai l’impression que ce n’était pas si horrible finalement » Cette réaction confirme le fait que la pauvreté que les gens s’attendent à voir n’est pas visible, car la communauté a développé la zone de Dharavi la rendant animée, active et économiquement efficiente. Cependant, ceci ne signifie pas que les conditions de vie ne sont pas mauvaises, ou que la pauvreté n’existe pas. Dharavi reste comme les autres bidonvilles d’Inde un lieu où l’on peut voir des enfants déambuler au milieu des ordures, et où l’on peut sentir l’odeur nauséabonde des déchets en décomposition et de l’eau stagnante. Avec la transformation de Dharavi en pôle économique, les conditions de travail sont devenues plus dangereuses pour la santé.

En effet, la majeure partie des habitants de Dharavi travaillent. Les slum dwellers travaillent péniblement toute la journée, de dix à douze heures par jour pour les homes et entre huit à dix heures pour les femmes (qui sont payées deux fois moins que leur homologue masculin). Dans les activités aussi dangereuses que celle du recyclage du plastique, les hommes travaillent sans protection, exposant leur santé aux fumées toxiques. Ils travaillent parce qu’ils le doivent, réussissant à gagner assez pour obtenir un toit et de quoi nourrir leur famille. Les travailleurs sont les principales victimes de cette énorme activité économique. Les bénéficiaires sont les employeurs, les firmes nationales et internationales (qui achètent le cuir et le vendent six à sept fois plus cher en apposant simplement le nom de leur marque) et les consommateurs.

Les consommateurs doivent prendre leurs responsabilités à l’égard de Dharavi. Ce quartier n’est pas seulement appelé le cœur de la ville à cause de sa forme ou de sa localisation mais aussi parce que tout ce que vous pouvez trouver dans une maison de Mumbai vient d’ici. Du temple hindu fait par les musulmans aux kurtas, en passant par les sweets et les biscuits, le recyclage du plastique, de l’aluminium, des hélices de mixeur, les pots d’huile et de peinture, le cuir, la poterie et bien d’autres…Une visite à Dharavi est un bon moyen de se rappeler que tout le monde a un rôle à jouer en tant que consommateur. Les grandes marques font de grands profits en augmentant leur marge sans donner aux producteurs leur dû. Aujourd’hui, des consommateurs du monde entier se sont positionnés contre le travail des enfants par exemple, forçant des marques internationales à se montrer plus éthique à l’image de Nike il y a quelques années, et ils le peuvent encore. Les bouteilles en plastiques doivent aussi faire l’objet de notre attention car ces bouteilles jetées sur les rails ou d’autres lieux sont ramassées par des enfants mettant leur vie en danger pour les revendre ensuite à Dharavi dans les unités de recyclage.

La terre de Dharavi est certainement une mine d’or pour les propriétaires, cependant les personnes vivant ici ne veulent pas de nouveaux immeubles flambant neuf. Les 80% des personnes ayant vendu leur maison aux développeurs puis ayant revendu l’appartement qui leur était offert en retour pour s’installer dans un autre slum le montre. Cette population ne demande pas la richesse mais plutôt une vie descente et le droit à la dignité. Cela ne peut être fait que si la ville prend ses responsabilités à tous les niveaux. Il faut également que le gouvernement prenne et conduise des mesures à partir d’études économiques et sociales faites auprès de la population de Dharavi plutôt que d’installer des plans qui ne correspondent pas à leurs besoins.

Ainsi, alors que Slumdog Millionnaire a mis en lumière Dharavi au niveau mondial, le film a aussi crée de nombreuses idées erronées sur ce à quoi le lieu ressemble réellement. Dharavi semble pauvre et sale, mais c’est surtout le point central d’un grand nombre d’industries. Un mélange de toutes les religions et de toutes les communautés doivent coexister notamment durant les heures de travail. Ainsi, pendant que les agents immobiliers continuent d’essayer de “redévelopper” le slum, les habitants eux, tentent de ne pas perdre leur vie en communauté à laquelle ils se sont habitués. Dharavi à réellement besoin de changer, ça n’est pas la question, mais les planificateurs doivent garder à l’esprit les besoins, les aspirations et les désirs des habitants qui ne sont pas contre le changement mais contre le redéveloppement opéré par les constructeurs extérieurs sans avoir conscience de leurs attentes.

Quelques chiffres

10,000 entreprises

665M USD de chiffre d’affaires par an

La plus grande industrie de recyclage du plastique : 5 à 10 tonnes sont écrasées chaque jour par une entreprise.

La plupart des travailleurs gagent 120 à 150 roupies par jour soit 1€50 (ce que je dépense en nourriture seulement par jour)

Rs. 2500 par mois de loyer pour un 10m2 (environ 6pers y habitent)

48 % réside dans un 10m2

43% réside dans un 15 à 20m2

 9% réside dans plus de 25m2

Entre 800000 et 1 million d’habitants

1/3 vient du Tamil Nadu, 1/3 du Maharashtra, 1/3 autres (surtout de l’Uttar Pradesh)

40% musulmans, 5% chrétiens

Au moins 6écoles (publiques, privées et ONG confondus)

 

 

 

 

Publié dans Culture et société

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