Un accident...

Publié le par ind'épendante

« On ne foule pas au pied une âme qui vous apostrophe; on ne se détourne pas d'un destin qui vient à votre rencontre… »

Les mots de cet article qui n’ont pourtant rien à voir avec un accident, si ce n’est un accident de parcours, me sont revenus en cet instant.

Il paraît que ça n’arrive qu’aux autres… jusqu’au jour où ça vous arrive. La dernière fois que cette phrase s’est concrétisée c’était lorsque grâce à mon boulot j’ai gagné un voyage pour deux personnes tous frais payés pendant trois jours à Macao. Mais si cette phrase apparaît sur mon blog aujourd’hui ça n’est pas pour vous dire que j’ai gagné à la loterie indienne.

La semaine dernière, alors que je prenais le rickshaw pour la mille et unième fois et que j’en avais depuis longtemps oublié l’impression de « défier la mort à chaque virage », un incident, ou plutôt un accident m’a ramené à la triste vérité. Ça n’est pas parce que l’on est en Inde et qu’il y a des milliers de rickshaws et que l’on se dit donc qu’être dans un rickshaw c’est comme être dans une voiture, qu’il faut en oublier le risque. Demain vous pouvez prendre votre voiture en France et avoir un accident, tout comme aujourd’hui je peux prendre un rickshaw et en avoir un vous me direz. Et c’est ce que je me disais aussi. Jusqu’à ce jour où je me suis rappelée que le taux d’accident en Inde était plus élevé et que voir un rickshaw conduire comme un fou, non ça n’est pas plus normal que d’avoir un ami qui conduit trop vite ou après avoir bu.

Jeudi dernier cette réalité m’a frappée de plein fouet, ou plutôt je me suis heurtée à elle. A ELLE cette vieille femme entièrement habillée de blanc qui a eu l’imprudence de traverser de nuit au milieu de la route (car ici il n’y a pas de passage piéton). Je ne sais pas vraiment à qui la faute car j’écrivais un texto au moment où le chauffeur de mon rickshaw a freiné très violement me projetant vers l’avant car la banquette se détachait. Je me suis donc accrochée en voyant le rickshaw faire un zigzag et se diriger dangereusement vers le terre-plein qui sépare la route en deux. Tout s’enchaîne très vite. En me demandant pourquoi cet écart, j’aperçois un sari blanc devant, le terre plein qui se rapproche. Je me dis que dans deux secondes la roue va le toucher et que le rickshaw va partir en embardée... et moi avec. Les roues crissent, j’ai l’impression d’être sur un âne qui freine des quatre fers, ou de faire un aquaplaning. Et puis, au dernier moment il redresse la barre et évite le terre-plein… pour percuter la femme en blanc. La puissance du choc (pourtant le rickshaw ne doit pas aller à plus de 30km/h) se diffuse dans mon corps et stoppe net notre course.

Elle, tombe à terre à mes pieds. Un instant je pense être dans un mauvais film, et j’ai l’impression qu’elle vient de mourir par le choc. Je ne sais pas quoi faire et la première chose qui me vient à l’esprit c’est que

1 : je ne peux pas sortir du rickshaw pour l’aider car elle me barre le passage.

2 : je ne sais pas si on peut déplacer son corps selon comment elle s’est fait mal.

Le chauffeur ne se pose pas autant de questions, il sort et la relève (c’est bon elle marche premier soulagement) et l’emmène sur le bas côté. Je demande s’il y a besoin de passer un coup de fil soit aux urgences soit autre part (bah oui est ce qu’elle a les moyens d’aller à l’hôpital d’abord ?). On me dit que ça va aller et on déplace le rickshaw dans lequel je me trouve toujours car il est au milieu de la route (je n’avais même pas pensé au fait que n’importe quelle voiture pouvait me rentrer dedans en étant en plein milieu). J’attends le chauffeur… pendant que le compteur continu de tourner. Et 3minutes plus tard on redémarre, la femme va bien elle a dû surement juste se faire très mal au bras.

Je me rends alors compte que je n’ai rien, que le rickshaw n’a pas fait d’embardé, que je suis saine et sauve et que pourtant je ne vais pas bien.

Lors de l’accident il s’est passé un phénomène que j’ai étudié il y a longtemps en physique et dont j’ai oublié le nom exact, un transfert des forces d’un corps à un autre par l’impact du corps sur le rickshaw qui l’a freiné et par conséquent étant à bord m’a également arrêté. Cette énergie venant du corps de cette vieille femme s’est transmise à mon propre corps et n’est jamais repartie, elle m’a stoppé net dans ma course mais aussi dans mon esprit, ce choc c’est comme si je l’avais moi-même renversée, comme si j’avais moi-même été la conductrice.
Elle m’a ramenée à la réalité, celle qui est criante et que l’on oublie parfois trop vite ici : il y a des morts tous les jours et par dizaines même si on ne les voit pas, par imprudence et par bêtise. Tellement d’incidents que l’on pourrait éviter et parmi eux celui la. Elle a eu de la chance, et par transfert moi aussi car s’il y a quelques semaines je « m’étonnais » de ne pas encore avoir vu de gens mourir avec cynisme je ne m’en serai pas remise si cela avait été le cas. Je ne l’ai pas relevé, c’est à peine si j’ai vu son visage, mais depuis lorsqu’un rickshaw prend de la vitesse j’ai peur. Je n’ai pas peur pour ma propre vie mais j’ai peur du choc, et l’énergie de ce jour là me retraverse encore et encore comme si je percutais ce sari blanc, couleur du deuil en Inde à chaque fois que le chauffeur freine un peu trop vite, ou prend le moindre risque. Je chasse alors ce mauvais sentiment en constatant que le rickshaw reprend sa course, et qu’il n’y a personne au milieu, et j’espère que je ne verrai plus jamais de drap blanc à terre car il se pourrait alors que ce soit un linceul.

 

Point culturel du jour: Le nombre de morts sur les routes est 25fois plus élevé en Inde qu'en France ce qui équivaut à 100000morts par an contre 4000 en France. (Je vous laisse tout de même relativiser en vous rappellant que nous sommes 18fois moins nombreux qu'eux)

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fd 08/10/2011 18:40



A fur et à mesure de tes articles, ta plume s'affine! Tes pages deviennent de plus en plus vivantes (même si celle-ci parle de la mort) et je me mets à les attendre avec impatience. Où vas-tu
nous enmener dans le prochain?



ind'épendante 09/10/2011 10:35



Après ma soirée d'hier je pense que je vais bientôt vous raconter le pb des castes dans le mariage. Ici les histoires d'amours ressemblent toutes à des films de Bollywood



jonathan 08/10/2011 14:52



Merci pour ton témoignage, poignant.


Je comprends bien ce dont tu parles, le transfert d'énergie, ce que tu appelles phénomène physique, c'est aussi un phénomène qui relève de la métaphysique je pense.


D'autre part je comprends tes peurs sur les routes d'Inde, j'ai eu plusieurs expériences en Chine avec des conducteurs toujours plus fou les un que les autres, au bord de précipices à doubler
dans des tournants en monté sans visibilité.....



Hélène 07/10/2011 12:06



Eh bien, tu m'as séchée !! Quel article !