Trek dans la vallée de la Markha, Jour 5 : Se dépasser pour continuer à rêver !

Publié le par ind'épendante

Avant de prolonger le récit je tiens à exprimer une pensée pour les indiens qui sont morts aujourd'hui dans le sous-marin qui a explosé à Mumbai.

 

 

5h du matin, direction les toilettes, ça tombe bien je n’en avais pas encore parlé de celles-ci, et pourtant on en a bien rit la veille car elles ressemblent à un mirador d’où on voit la tête des hommes qui y vont dépasser. Entre Bruno qui portait une veste imprimée militaire et son père qui s’y est rendu avec la lampe frontale, nous espérions que la frontière pakistanaise ne soit pas trop près. Je me rendors et mes rêves sont toujours aussi bizarres. Au réveil, Bruno en gentleman apporte le thé, Miam ! J’ai un peu le souffle court en bougeant, serais-ce l’altitude qui commence à avoir un effet ? Le petit déjeuner est bien gras : Frites et Puri, toujours du porridge… Bruno a arrêté le thé pour passer au chocolat chaud ! Retour à la tente, je me rince le visage dans la rivière ce qui impressionne Bruno car elle est froide, et puis on attend.

 

Cette fois c’est Claudine qui s’impatiente et elle part avant nous. De toute façon on devrait réussir à la rattraper à un moment, comme ça elle prend son propre rythme. Dix minutes plus tard c’est notre tour de nous élancer à l’assaut des 400m de dénivelé de la journée. Je ne sais pas pourquoi mais après un petit quart d’heure de marche je m’épuise, me décourage et je commencer à pleurer. Soupape de sécurité, surement les nerfs qui lâchent. Je ne veux cependant pas montrer mon malaise et je continue d’avancer, et je sèche mes larmes à chaque fois que j’arrive au niveau d’André (le papa de Bruno) et Anou qui font des pauses régulières et en profitent pour m’attendre un peu. Ils ont d’ailleurs l’air aussi fatigués. Après chaque arrêt je repars du bon pied, André me fait rire en me disant que pour se donner du courage il faut chanter une chanson inverse à la situation. Ici ça sera « On descend de la montagne à cheval ». Ça me redonne du courage pendant dix minutes puis le mal de ventre, la chaleur et les vertiges me remettent le moral à zéro. Je me sens ridicule, ne dit rien et continue en m’obligeant à pleurer pour que ça passe le plus vite possible. Je m’arrête encore 2 ou 3 fois pour reprendre mon souffle, les touristes qui me doublent s’inquiètent mais ça ira ! Encore un petit effort et on arrive enfin à un sommet avec pleins de kerns et une vue sur les monts alentours. C’est très beau ! Anou me demande si je veux me reposer. Je fais la forte et je repars, mais en fait avec André ils font tous les deux une pause. J’aperçois Claudine au loin, elle a bombardé ! Finalement chacun son tour pour être à la traîne, ça dépend des jours et des humeurs, aujourd’hui ça n’était pas le mien. Le sommet d’avant n’était qu’intermédiaire, ça grimpe encore un peu, je croise les chevaux et le cuistot ! Je continue à faire la forte pour lui donner raison de ce qu’il a dit la veille ! On parvient finalement au lac en seulement 1h15 ! Enfin, pour ma part car Bruno est loin devant et Claudine est un peu en avance sur nous. Cependant on devait y parvenir en 2 à 3h je suis donc super contente ! La vue est toujours aussi magnifique. Le reste de la descente qui s’avère en fait toujours avoir quelques périodes de montées se passe bien. Le moral va mieux et je rattrape Claudine avec qui je papote (à 4900m d’altitude, normal !) Elle me dit qu’il y a eu des avalanches au loin pendant la marche. Je n’ai rien vu ! Et elle me parle des chutes de séracs imprévisibles ! Passionnant ! Ça donne envie d’en voir une mais de très très loin histoire de ne pas finir sous l’avalanche. Je suis heureuse d’avoir eu mes lunettes pour cacher mes larmes mais aussi me protéger du soleil car il brûle ! D’ailleurs j’ai le nez carbonisé comme jamais, c’est ça d’oublier la crème solaire sur une partie infime du visage !

 

J’essaye de réaliser que je suis dans l’Himalaya, au milieu des chaînes les plus hautes du monde, c’est impressionnant mais j’ai du mal à le comprendre à ce moment là. On croise un moine avec Claudine puis des brebis, photos parfaites ! Les garçons (Anou et André) se sont arrêtés à 15minutes du camp pour manger. On voit toute la vallée, c’est un des plus beaux spectacles qui m’ait été donné de voir ! Mais je dois rejoindre le camp qui se trouve dans cette  vallée car c’est Bruno qui portait mon repas dans son sac. Je m’avance donc seule pour ces dernières minutes et je pleure cette fois d’émotion. L’Himalaya pour moi c’est ça : une tente dans la vallée au pied des montagnes enneigées, entourées par les chaînes, perdue, seule et heureuse ! Je savoure dans la fraîcheur avec le soleil qui vient adoucir le tout.

 

Bruno est arrivé il y a une heure au camp mais nous ne déméritons pas car nous faisons tout de même la marche en 2h30 au lieu de 4h ! On est une super bonne équipe ! Cependant Bruno n’a rien fait, pas de tente, « monsieur buvait un chaï ». Je le presse donc pour que les tentes soient montées avant que les parents arrivent tout en rigolant. Il me trouve une excuse de frimeur « moi je suis arrivée avant les poneys donc je ne pouvais pas encore monter les tentes ». Tout est cependant vite fait et on tombe sur un français savoyard venu déjà 15fois au Laddakh, il a l’air super sportif ! Il donne un conseil à Bruno s’il veut aller marcher un peu pendant l’aprem, mais on l’abandonne tous les deux pour aller manger la boite de foie gras que la famille a emporté dans les sacs à dos, malheureusement sur des chapatis. Il est néanmoins délicieux et on fait découvrir ce produit local à nos amis indiens sauf le poney man qui est végétarien. En tout cas on se régale ! Un petit thé, et un repas pris au fond du duvet pour se protéger du froid qui se fait ressentir puisqu’on ne fait plus rien. Bruno le fou part en expédition comme lui a conseillé le français à 5400m (plus haut que là où nous allons demain). Il fait ça en 2h30 aller-retour dans la neige. Tout ça pour aller au pied du Kang Yatsé. Je luis un peu, je suis très fatiguée et j’ai les yeux lourds avec la tête qui tourne, entre mal des montagnes et fatigue et ça me rassure je ne suis pas la seule. Il y a sur le camp où nous sommes plus nombreux que d’habitude, deux français qui ont pris des mules en cours de route. Ils ont commencé à Chilling. Ils demandent de l’aspirine à Claudine, elle devient un peu le médecin de garde du camp. Je m’arrange au passage avec eux pour partager le taxi de demain et annuler le mien comme j’en avais déjà parlé avec l’agence. Il faut simplement que j’arrive à trouver du réseau demain au sommet pour pouvoir les prévenir à temps. On fait ensuite une pause thé avec quelques petites douceurs sucrées et on profite encore un peu de la beauté de Nymaling avant que la nuit ne tombe et que le froid nous cloître dans nos tentes dans lesquelles on peine à trouver le repos. Du coup je discute avec Bruno. Ah et j’ai ramassé une corne de bouc par terre ! Ça me fera un souvenir et me donnera un peu de chance peut être. Je note aussi quelque part qu’il faut que je prépare mon testament pour le laisser à Bruno au cas où mon minibus pour aller à Manali tomberait de la falaise.

 

Anou vient jusqu’aux tentes pour nous dire que le repas est servi ! Il s’écrit « Caroline, le repas est prêt » et Bruno répond « Et moi alors !? », Anou lui répond qu’il ne se rappelle plus de son prénom, ça sera la blague de fin de séjour entre Bruno et moi, « Anou il t’aime bien ! ». On prend notre dernier repas tous ensemble, Poney man le sage nous dit que demain il fera très froid mais grand bleu (il est mieux que toutes les prévisions météos cet homme). Je réexplique à Anou l’histoire du taxi avec des mots d’hindi cette fois et heureusement car il n’avait pas compris qu’il fallait l’annuler ! Dernière discussion sous la tente, le sommeil vient rapidement, demain c’est l’heure de l’effort ultime !

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