Trek dans la vallée de la Markha, Jour 4 : Emporté par la montagne

Publié le par ind'épendante

Le thé au pied de la tente au réveil, quoi de mieux ? Habituel porridge, chapatis agrémentés de confiture, de chocolat en poudre ou bien de miel. Nos guides, cuisiniers… amis, ont très mal dormi car la pluie a filtré à travers leur tente et transformé le sol en boue (faut dire que contrairement aux nôtres qui sont des tentes normales la leur ressemble plutôt à un grand marabout. On a de la peine pour eux mais ils ne se plaignent évidemment pas. Malgré notre stratégie adoptée depuis ce matin de se lever plus tard et de tout démonter pendant que nos trois amis déjeunent, on attend toujours. Sauf qu’aujourd’hui on en profite pour parler avec les français d’hier qui nous racontent mieux leurs projets (1an à parcourir le monde pour vérifier les installations électriques pour électricien sans frontières). Ils nous disent aussi que la musique et la danse tibétaine d’hier était cool mais a commencé à 21h (de quoi geler sur place) et que des gars ivres morts se sont déguisés en filles, et que la fête a duré bien après minuit ! Bah dis donc !

 

Enfin, ils nous informent également d’un évènement tragique. Un gardien de poney est mort la veille dans les montagnes. Il n’a pas réussi à faire l’ascension. Des touristes l’ont installé sur son cheval pour qu’il redescende car dans ces cas là, continuer l’ascension peut entraîner des risques d’embolie ou de crise cardiaque. Mais d’autres touristes l’ont trouvé mort un peu plus tard. De quoi faire peur ! En plus notre poney man est malade ! La montagne a plus d’un tour dans son sac, et pas forcément des tours merveilleux. Elle est aussi dangereuse et cet évènement nous le rappelle.

 

Cela ne nous empêche cependant pas de repartir pour cinq heures de marche dans la journée avec pour objectif un lieu à 4500m. Les paysages sont toujours aussi sublimes et arides, nous sommes à deux jours de marche de tout ! Impossible retour en arrière, il est interdit d’abandonner, et ça n’est vraiment pas le moment d’avoir une appendicite ou un autre truc du genre. Pourtant ça vaut bien le coup et les vallées et les cols enneigés qui se succèdent mais ne se ressemblent pas chassent toutes les idées négatives, l’esprit est vite emporté par la montagne, qui après avoir emporté une âme, révèle cette fois toute sa magie. La marche me parait deux fois moins longue que le réel, déjà deux heures et j’ai l’impression que nous sommes à peine partis ! Je ne suis plus à la traîne, j’ai trouvé mon rythme pour de bon. On doit une fois de plus traverser la rivière, 2fois, c’est FROID ! Quelle tête sur les photos ! Mais on s’amuse beaucoup. On dépasse quelques marcheurs, ça devient presque un défi. Je me mets même à chanter comme la veille, mais cette fois en marchant, le souffle parfois un peu court, un bon test cependant pour voir à quel point j’ai conservé un peu de mes exercices de chant. Les autres semblent aimer. On ne s’arrête pas avant midi, dans une petite clairière où je caresse un âne tout doux ! On recroise le bouddhiste d’hier (j’ai fait un don pour me faire pardonner de mon sacrilège dans un monastère entre temps). Il nous dit que nous sommes rapides : 1h de moins que prévu hier, et aujourd’hui ? D’autant que nous avons dépassé les chevaux dans la matinée alors qu’ils avaient pris de l’avance, ils nous dépasseront cependant de nouveau ensuite. Nous nous payons donc le luxe de faire une longue pause soleil/sieste, et repartons seulement vers 12h40. On croise sur la route de l’après midi de gentils villageois dont l’une des filles nous interpelle pour faire un don pour une école. Claudine traîne un peu pour prendre des photos et nous rattrape, tant mieux, ça nous fera des souvenirs, puis ils sont tellement beaux les visages ici ! C’est alors parti pour une longue marche avec des montées plus difficiles sur des petits chemins poussiéreux entre les rochers en mode Western. Je commence à trouver le temps long, contrairement au matin. Pourtant ça fait seulement une heure que nous marchons. On croise un monastère qui date du 16ème siècle complètement perché dans la montagne. Vers la fin du parcours on s’arrête avec Bruno et Anou pour attendre les autres, on discute de tout et de rien avec Anou, Bruno évalue s’il pourrait faire le Stok Kangri, qu’on ne voit d’ailleurs plus depuis longtemps là où nous sommes (on voit le Kong Yatsé ou quelque chose comme ça à la place). Il pense que oui, mais il hésite.

 

On repart et alors que je pense que nous arrivons au camp au tournant… toujours rien ! Je m’inquiète. Cependant nous avons la chance d’observer des dains/chamois qui galopent à toute vitesse et finissent par se retrouver bloqués pour certains. La pente est très raide et leur agilité impressionnante, j’ai quand même peur pour eux, la roche est pratiquement à la verticale, mais ils arrivent à redescendre. On fait à peine deux pas et je vois quelques mètres plus loin une étendue d’herbes épaisses. Hourra ! Finalement le camp était à quelques kilomètres. Anou s’assoit alors que Bruno continue sa route. Je lui demande en rigolant s’il est fatigué « Un peu, et toi ? » me répond t il tout timide. Je le dépasse l’air toute fière, hésitant à blaguer en répondant « non pas du tout ! » mais je réponds avec le sourire, un peu aussi. Il n’y a bien que Bruno qui nous épate tous à marcher sans faillir devant tout le monde, le guide compris ! Je rejoins Bruno pendant qu’Anou attend les parents. Seule au milieu des pâturages et des chevaux avec des bordures en pierre comme des terrasses avec un petit air irlandais. Superbe ! Je n’arrive pas à savoir ce qui est le plus beau de mon voyage mais je suis heureuse d’être là. Bruno jubile « Tu vas y prendre goût! »

 

Séance d’étirement quotidienne une fois les parents arrivés et un petit thé ! Puis les garçons montent les tentes et en « bonnes femmes » je m’occupe du logis (de l’intérieur de notre tente quoi). On s’habitue à tout, même à se doucher avec des lingettes et à prendre « l’apéro » à plus de 4000m. Je me met en tenue de combat pour les deux derniers jours, il fera surement trop froid demain pour enlever la moindre couche, bien qu’on soit en été, car le soleil et la chaleur sont un peu en retard (ce qui n’est cependant pas plus mal sachant qu’avec une trop grosse chaleur il aurait été plus compliqué de faire le trek). Ensuite je rejoins les parents qui ont entrepris un peu de lessive au bord de la rivière.

 

Comme d’habitude Bruno et moi rejoignons la cuisine pour notre séance désormais habituelle de discussion/pick pocket de cuisine. La veille on a finit par dire à Anou que je n’étais pas la fille de la famille mais simplement une amie, on avait un peu hésité de peur qu’ils soient scandalisés que je partage ma tente avec Bruno mais en fait ils s’en foutent je crois. Et puis j’ai aussi testé les « dumdums » aussi appelés bidis (les cigarettes indiennes). Elles sont interdites en France car il n’y a pas de filtre (et dieu sait quoi à l’intérieur). Je ne suis pas fumeuse mais c’était quand même l’occasion, par contre eux m’impressionnent à fumer à une si haute altitude sans que ça impacte sur leur marche ou leur souffle. Ce soir le cuisinier a dit à Bruno « She is strong ! » (Elle est forte) car il trouve que je vais vite et que je me débrouille bien. C’est vrai que depuis quelques jours je ne suis plus à la traîne et je suis bien le rythme, je suis contente ! Par contre c’est la crise entre nos amis guides car il n’y a plus de dumdum ! Anou a l’air désespéré ! Il demande à Bruno s’il lui reste des cigarettes normales. « Oui, 9 », « 9paquets ?! » répond Anou l’air sauvé. « Non, 9 clopes ». Ha, ha, ha. C’est un peu la fin du monde. A part ça on apprend que le « Pony man » dort dehors. C’est un grooooos fou ! Même s’il est rentré hier soir lorsqu’il pleuvait.

 

Au repas ce soir plusieurs petites découvertes : pain tibétain (manque de sel), et le butter tea (trop de sel) qui est sensé être très bon pour l’effort et l’altitude. Sinon du Dhal, du Pulao Rice mais pas cuisiné comme je le connais, de la soupe et du pop corn en dessert comme la veille avec un autre truc à la pistache. Moi je n’aime pas trop ça. Je finis ma soirée à rire dans la tente des « jeunes » avec Bruno car je lui lis le début de mon récit après avoir conclut l’écriture de cette journée. Il dit que je n’aime rien et je me venge à voix haute en disant les absurdités que j’écris à son propos dans mon carnet de voyage. Allez, on éteint les feux !

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