Sur les rails du Darjeeling Limited

Publié le par ind'épendante

Après avoir tenté de vider un peu mon sac, nous partons avec Alexandra (une amie de sciences po Aix) en direction de la gare de Howrah par laquelle je suis arrivée ce matin, mais cette fois en empruntant le mythique Howrah Bridge qu’il est apparemment toujours interdit de prendre en photo (c’était autrefois un site stratégique militaire). Il est illuminé et en effet bondé de moyen de locomotion en tout genre. Étant sur liste d’attente pour nos billets je reçois par texto quelques heures avant le départ un message nous stipulant que nous sommes en RAC. On finit par découvrir entre deux posts facebook et mon vote pour les législatives en ligne que RAC signifie que nous avons une place dans le train et qu’il nous faudra regarder sur le quai de la gare nos places attribuées.

Une fois à la gare, petite panique, le train n’apparait nulle part. C’est la cohue au centre d’informations, nous ne sommes apparemment pas les seules à vouloir des nouvelles du PAHARIA Express. On finit par nous dire approximativement qu’il aura une heure de retard. C’est décidément une habitude ici que les trains de soient pas à l’heure ! (J’apprendrais plus tard lors d’une lecture que ces retards répétés dans la région du Bengale sont notamment dus aux terroristes naxalites qui font régulièrement sauter les chemins de fers et posent des problèmes sur les voies).

La confiance cependant ne règne pas et je préfère manger rapidement. A 21h50 soit 5minutes avant le départ prévu du train à l’origine nous retournons au centre d’information où le train est annoncé pour 22h30. Cependant le quai lui n’est toujours pas annoncé. Vers 22h20 les gens s’affolent et veulent savoir le numéro. Dans un éclair de lucidité je demande également pour les listes RAC et heureusement car il faut en fait se rendre à un guichet spécial. 5minutes avant le départ annoncé du train et toujours sans numéro de quai je me précipite donc vers le guichet et passe devant les hommes qui pestent. Je m’impose face à l’urgence et le guichetier me laisse passer avant eux. S8 23, le fameux sésame mais… il n’y a qu’une place pour deux. Alexandra m’annonce que le train est à 22h40 et nous retournons une dernière fois au centre d’information pour voir enfin le chiffre 8.

On se dépêche et lorsqu’on trouve le wagon une brochette de militaires armés embarque. Moi qui n’aime déjà pas trop les militaires à la base, les savoirs dans mon wagon avec l’histoire du garde de la veille ne me rassure pas trop. On essaye de ne pas trop se faire de film mais nos imaginations commencent à projeter le pire et l’une de renchérir sur l’autre comme autour d’un feu de camp. Finalement des familles arrivent et beaucoup de personnes âgées. On dirait une sortie organisée pour le 3ème âge. Tout ceci contribue à détendre l’atmosphère et nos craintes sont bien loin. On commence à rire des petites tapes sur les fesses que s’administrent les militaires puis ils descendent tous du compartiment sans trop qu’on comprenne pourquoi. Adieu les militaires ! Après quelques discussions on finit par s’aménager un petit coin sur une banquette pour deux mais alexandra trouve finalement une couchette bide pour elle en face de la notre. Je teste enfin ma « place de rêve » à côté de la fenêtre et je comprends pourquoi c’est en fait la pire. Bruit du « tchou tchou » du train toute la nuit, courant d’air, secousse du rail, matelas qui bouge et couchette plus petite… je ne l’envierai plus !

Nuit difficile et réveil vers 5h30 avec un paysage brumeux. N’ayant aucune idée d’où nous sommes et de notre heure d’arrivée je reste éveillée à contempler le paysage. Champs, maisons en paille comme dans le livre de la jungle, pas de doute sur les inspirations de Kipling. Un barrage, d’autres champs, le train s’arrête beaucoup trop souvent. Le trajet promet d’être plus long que prévu !

Vers 9h30 des enfants veulent des photos avec nous. J’accepte. Alex a une politique différente. Chacun gère comme il peut la « notoriété » de la bête curieuse qu’est le blanc. Ils reviennent ensuite avec tous les petits du wagon…  « La dernière » rouspétais-je ! Vingt minutes plus tard ils nous offraient un snack indien et nous de faire des remarques cyniques sur la place du blanc en Inde en rigolant.

Le temps passe lentement, on finit par demander quand le train arrivera car il s’arrête à tous les villages. A 12h30 ! On n’est pas sorties de l’auberge ! On admire donc le paysage, on fait des sudokus, on prend notre mal en patience. C’est aussi ça voyager en Inde, savoir apprécier le temps, voir défiler les secondes sans rien faire, profiter de la torpeur, se relaxer. Arrivée à New Jalpaiguri vers 12h40 on embarque un paquet de chips à défaut de sandwichs et direction les jeeps. On les trouve vite mais le service des renseignements nous ayant dit que le prix était de 200rs par personne nous voulons ce prix là ! Le 1er propose 300rs. Il ne négocie pas et revient constamment à la charge ce qui a le don de m’énerver ! C’est difficile de savoir qui va où, on se sent vite impuissantes et on perd beaucoup de temps. De plus chaque fois qu’un chauffeur est d’accord pour 200rs il change finalement d’avis. Après plus de 20minutes d’incompréhension et de rejet systématique des chauffeurs le sentiment d’être prise pour un pigeon parce que je suis blanche me rend folle (« Elles parlent hindi, elles sont d’ici fait leur un prix » leur dit l’homme qui nous aide). Malgré presque aucun mot d’anglais utilisé la réponse est toujours non. La fatigue de trois jours de voyage se transforme en colère et je hurle « C’est parce que nous sommes blanches ?! » Les dizaines de curieux agglutinés autour le prennent à la rigolade mais finissent par s’écarter en me voyant trembler de colère (et d’épuisement). Je me calme, heureuse qu’Alex soit là. Alors que nous allons nous résigner à prendre un autre moyen de transport un gentil tibétain nous défend et vient nous dire qu’il a trouvé un chauffeur qui nous faisait le bon prix. Le chauffeur fait le signe 2 mais pour dire deux personnes et non pas 200rs. Le tibétain me demande pourquoi on refuse et je lui explique que si le prix est de 200rs je considère que c’est de la discrimination que de nous faire payer plus. Le tibétain nous explique alors que c’est la haute saison et que les prix sont plus hauts. Une famille d’indiens est déjà à bord et paye en effet 300rs. Nous acceptons donc sans rechigner cette fois le même tarif. Je me sens alors un peu ridicule dans mon emportement mais mon obstination à être intégrée me rend souvent folle de rage lorsque les indiens me traitent différemment des leurs. Ça serait tellement plus simple parfois si les prix étaient fixes.

On se tape donc 4h de route en se demandant où se trouve donc la montagne ! Un romain est de la partie mais il ressemble à Voldemort et nous fait peur. J’essaye de l’aider avec ses problèmes mais pas plus. Une pause plus tard dans un parking ultra glauque avec un chat si mignon qu’on l’appelle Rocky (voir plus tard), on repart pour deux heures traversant des villages qui se ressemblent, deux ou trois temples, la gare, le petit train mythique et ENFIN : Darjeeling ! La mythique cité du thé !

 

Enfin presque… Il nous reste encore à trouver un hôtel avant la nuit, on pensait arriver vers 12h pas 17h ! Tout est plein, les chemins grimpent énormément, les chambres restantes sont à 3000rs la nuit. On arrive finalement à la porte du dernier hôtel du dernier chemin, il est sur le Routard donc nous avons peu d’espoir. « Vous n’avez pas de chambres ? » demandais je au garçon de l’entrée « Si ! » « Quoi !...euh Combien ? » « 600 ou 800rs pour deux » Confuse, heureuse et soulagée je cours chercher Alex qui ressort bredouille de son hôtel s’imaginant déjà frapper à la porte de l’habitant pour leur demander un lit.

Rocky le mignon, super gentil, souriant garçon de l’hôtel (nom par lequel nous avons donc baptisé le chat trop mignon) nous fait donc visiter les deux chambres avec uen phrase en français. On finit par prendre la moins cher car je dois être raisonnable ! On pose enfin nos sacs et établissons un programme pour le lendemain, trop lessivées pour sortir. Demain ça sera donc le train puis le refuge l’après midi et le jour d’après le point de vue Tiger Hill et le marché en attendant au lit… le premier depuis trois jours pour moi !

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