Si peu morbide, si pleine de vie : Vârânasî

Publié le par ind'épendante

Il est vrai que l’accueil était quelque peu morbide mais pourtant, l’ambiance qui règne sur cette ville au bord du fleuve est paisible, du moins au bord de l’eau, sur ce qu’on appelle les ghâts (les grands escaliers qui bordent le fleuve.) Ici pas de klaxons, juste de la vie, et la déambulation permanente de morts comme de vivants. Le temps semble s’y être figé, le calme y règne, la torpeur même, en cette période si chaude.

 

Je suis donc sur le toit de cet établissement, et je me demande comment aborder les autres déjà en groupe. Je vais sur l’un des ordinateurs, et j’en profite pour discuter avec un londonien. 1ère rencontre. Je projette de le rejoindre à 17h avec son groupe de potes. Je retourne à ma chambre pour prendre une douche avec vue sur l’étendue du Gange à l’extérieur ! Aujourd’hui encore j’aimerais que ma salle de bain en France puisse m’offrir ce genre de panorama. Vers 17h, retour sur le toit comme prévu. Un mec m’adresse la parole, l’occasion de faire connaissance. Il est de… Toronto (ça me rappelle quelqu’un !) et l’autre à ses côtés d’Israël : Thomas et Yotam sont donc mes nouveaux potes et les anglais n’étant pas là, ils m’emmènent avec eux explorer les ghâts comme je souhaitais le faire car il fait désormais moins chaud. Nous allons donc tout à l’opposé de là où nous nous trouvons, en direction du Sud de la ville vers l’ « Assi Ghât » pour manger une bonne pizza et une tarte à la pomme. Je suis super enthousiaste pour une fois depuis cinq jours que mon estomac semble d’accord pour quelque chose d’un peu plus évolué que des pommes de terre écrasées et de la banane. Sur le chemin nous découvrons donc enfin les ruelles et les murs décorés par de magnifiques tags (cette forme d’art semble très présente sur les berges du fleuve), les crématoires juste en bas où les buchers éclairent le ghât la nuit, puis nous croisons des gens, surtout des enfants, qui rient et qui se baignent dans cette eau pourtant si polluée. Nous avons envie de les rejoindre pour se rafraichir… Mais non ! Et nous rions des bonnets de bain des petits, comme si cela les protégeait.

 

Je comprends enfin ce qu’est « l’ambiance Varanasi » : Un mélange de village, de cérémonie religieuse, d’indiens sympas et détendus ET… seule ombre au tableau, un peu trop d’esprit tourisme à mon goût, surement dû à la période estivale.

 

Sur le retour, nous croisons trois amies danoises de Yotam, rencontrées à Darjeeling (Ils y étaient d’ailleurs en même temps que moi). On se donne rendez vous le lendemain au « Blue Lassi », une institution, pour le petit déjeuner. Mais avant ça… bateau à l’aube pour Yotam et moi. Le soir, sur le toit, je papote enfin avec mes voisins de pallier, des argentins vraiment très gentils. La nuit est atroce, l’électricité est faible, problème dans toute la guest house qui ne sert d’ailleurs plus rien de frais. Le ventilateur est au plus bas et je me lève vers 2h du matin pour prendre une douche… qui est chaude, car l’eau elle-même est stocké dans des bidons qui sont sur les toits des immeubles, au soleil toute la journée. Privée d’eau froide… un comble en Inde alors que mon souhait le plus cher tout au long de mes voyages était d’avoir de l’eau chaude dans les hôtels.

 

« Réveil » donc à 4h30, habillage en vitesse et direction la barque sur les Ghâts, c’est l’hôtel qui nous offre ce cadeau, compris dans le prix de la chambre (qui ne vaut pourtant même pas 5€). Si je peste souvent contre les réveils matinaux, je me serais mordu les doigts de m’être rendormie ce matin là car le spectacle valait largement la privation de sommeil. La ville se réveille sous nos yeux à 5h, les corps qui sont transportés sans discontinuer jusqu’aux crématoires, brûlent déjà, et je prends quelques photos, de loin, pour ne pas éveiller le courroux des familles. A vrai dire, j’ai presque un peu honte, mais je voulais le garder en mémoire. Le soleil se lève peu à peu, réveillant les corps endormis sur les pierres du ghâts, accompagné par le puja (prière) d’un fidèle sur le ghât principal. Un homme vend des bougies flottantes depuis sa barque aux touristes mais ne nous propose rien. Après trente minutes de balade magique, passage par un temple dédié à Shiva qui a des airs de tour de pise tellement il penche. Ironiquement, ma prière ce jour là (promise comme toujours) est pour un ami qui porte le nom d’un autre dieu de la trinité, le « prêtre » rouspette parce que je fais un don d’une roupie tout en me faisant quand même la tikka (bénédiction !), non mais je rêve, depuis quand il faut payer pour obtenir une bénédiction maintenant ! J’ai donné bien plus aux temples hindous qu’aux églises catholiques en plus ! Enfin, retour au lit pour une heure.

 

Direction le Blue Lassi, où je ne peux malheureusement pas goûter les lassis puisque le lait en est l’élément principal (foutu intoxication !). On se dirige ensuite vers le Brown Bread en passant par la rue du temple principal, pleine de boutiques et sans grand intérêt. Le restaurant est bio et le petit déjeuner complet excellent : Salade de fruit/Yaourt/Muesli, Toast, Confiture, Thé, Œuf, Saucisse, Patates, tout y est ! Et ambiance hippie/baba cool garantie, jeux de société, connexion wifi. On croirait presque un bar lounge occidental qui essaye d’imiter le style indien.

 

Une fois repue, je rentre à l’hôtel et je traine de plus belle puisque la chaleur ne permet rien d’autre sauf peut être de prolonger mes discussions de la veille avec les argentins. En fin d’après midi je décide ENFIN de prendre mon premier cours de YOGA !! L’occasion de relever un des défis qu’on m’avait lancés sur ce blog et d’en parler un peu :

Il existe trois formes de yoga, une axée sur la relaxation, l’autre plus sur la posture qui est plus physique, et enfin une troisième forme qui combine les deux. Je travaille avec mon professeur particulier des positions que je ne connaissais pas, et d’autres plus familières à cause du jeu sur la Wii comme l’arbre, le cobra, le chandelier, et il me dit que je me débrouille plutôt bien ! (Merci à ma coloc qui m’avait déjà montré quelques trucs). Cependant, le yoga reste un sport et je ressors épuisée après 1h !

 

Retour au récit : Je rencontre dans les escaliers une nouvelle arrivante qui vient de Suède alors que nous allons (les argentins et moi) en direction d’un restaurant… Ganga quelque chose (il y en a plusieurs mais je n’ai pas noté le nom), il se trouve sur la rue principale et il y a des concerts pendant les repas, tous les soirs. Cette jeune fille a enseigné dans une ville du nord de l’Inde (Lucknow) et voyage désormais. Elle est extravagante mais cool et rêve d’aller étudier la musique à Berkeley l’an prochain. Le repas est monotone pour moi comme d’habitude ! Alors que le serveur nous raconte avec passion comment il prépare ses petits plats indiens et me fait saliver en même temps qu’il me frustre ! Je VEUUUUX du CHICKEN TIKKAAAAAAA et pas de la purée !!!!! Mais une fois de plus, je sais que les épices me seraient fatales. Malgré mes frustrations culinaires, je suis bonne joueuse et j’incite donc mes nouveaux compagnons à prendre le dessert au Blue Lassi puisqu’ils servent les meilleurs lassis jamais mangé en Inde apparemment ! A 21h tout juste, la petite échoppe est sur le point de fermer mais le gérant réouvre exprès pour nous six ! Trop gentil ! Et puis MINCE ! J’en prends un à la banane et en mange une dizaine de cuillère pour prendre seulement un petit risque. C’est réellement le meilleur lassi d’Inde ! Ou du moins, le meilleur que j’ai pu gouter! Et de loin ! ça méritait de se sentir nauséeuse quelques heures plus tard et finalement pas plus malade que ça.

 

De retour à la guest house tout le monde va se coucher sauf Ivan l’un des argentins. Moi qui étais déçue qu’il soit un peu en retrait durant la soirée, nous parlons tous les deux jusqu’à quatre heure du matin, de tout et de rien, de notre manière de vivre ce voyage qui les a conduit pour leur part à voyager pendant 6mois à travers l’Asie. Je crois qu’il est content de pouvoir avoir l’avis de quelqu’un qui a vécu en Inde, et qui n’est pas seulement de passage, on a le même dégout du « tourisme classique » dont on emprunte pourtant parfois le chemin, il me raconte Buenos Aires et ça me donne très envie de partir là bas un jour. Et puis les effets des dix cuillères de lassi se font connaître et je me sens soudain fatiguée et nauséeuse. Il est donc temps de prendre congé et de s’abandonner à Morphée si la chaleur le permet.

 

Au réveil, je dessine dans le carnet de voyage de Ivan un « auto portrait » qui me fait prendre conscience que j’ai lâché le dessin depuis trop longtemps ! Il en demande un aux gens qui ont marqué son voyage. En tout cas il a un peu marqué le mien, preuve qu’on peut partager des pensées un peu plus intimes que les banalités et les délires qu’on se fait entre voyageurs, en peu de temps. Je repars me torturer une dernière fois l’appétit en accompagnant Yotam au Blue Lassi, puis on finit au Brown Bread. Aujourd’hui c’est un petit festival pour Shiva (pas très connu) et tout Varanasi est dans la rue principale pour aller au « Temple d’or »… mais l’entrée est interdite aux non hindous et je ne vois rien dépasser des murs d’enceinte qui cachent le temple. Je passe donc mes dernières heures à l’hôtel et juste avant le départ je vais allumer deux belles bougies sur le fleuve pour aider l’âme de deux membres de ma famille à trouver la paix, et qui sait peut être le Nirvana.

 

Rien de morbide. Cette ville, qui porte le deuil par ses habits de cendres qui rendent le ciel gris et opaque, est toujours pleine de vie et de beauté.

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