Saga municipale: Partie 2: La laïcité

Publié le par ind'épendante

En parlant de comités, ce qui est frappant en plus de la diversité de langage au BMC c’est la diversité religieuse, qui est ostensiblement affichée.

 
Deux ou trois femmes étaient ainsi complètement voilé
es lors du conseil, affichant clairement qu’elles étaient musulmanes. Si en France ceci est inconcevable en Inde cela est la norme. Cependant hormis les symboles religieux aucun élu ou employé n’est autorisé à exprimer son opinion religieuse dans le cadre du BMC ou en public.


 

Ce pays, qui pourtant est sécularisé ne donne pas à la laïcité le mêP1070102-copie-1.JPGme sens que celui que nous donnons à ce mot en France. Ici la laïcité est je dirais positive contrairement à la notre.

Si nous nous devons de cacher tout signe religieux en public pour ne pas heurter autrui, en Inde la laïcité signifie plutôt la tolérance religieuse à l’égard de tous et donc la liberté de l’afficher. Ce qui n’empêche pas la cohabitation. Ainsi vous trouverez des hindous et des musulmans mais aussi des sikhs portant la marque de leur religion à l’école, dans la rue, mais également dans l’administration et l’armée. Cela ne dérange personne, c’est normal.

Aussi normal que la loi qui comporte divers segments en fonction des religions, notamment dans le droit de la famille qui décline un droit du mariage et du divorce assez impressionnant selon que vous soyez sikh, musulmans, chrétiens ou hindou.

Ne croyez cependant pas que cela converge vers la paix des peuples. Les hindous et les branches nationalistes politiques jouent sur ça pour discriminer les autres religions en affirmant que la seule religion qui soit valable en Inde est l’hindouisme. Les hindous sont aussi assez réticents au fait que d’autres religions reçoivent des fonds spéciaux directement du gouvernement pour financer par exemple des écoles communautaires. Les tensions entre communautés qui cohabitent dans les même quartiers (notamment dans les slums) sont prêtent à éclater à tout moment avec une simple petite étincelle et les partis nationalistes attisent ces flammes. Ce fut le cas en 1992-1993 lors des émeutes de Mumbai après la démolition de la Babri Masjid (Mosquée) dans l'Uttar Pradesh. A l'époque les partis politiques du Shiv Sena et du BJP avaient défilé dans les rues et souvent narguant les musulmans.

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Evènement pour Navaratri organisé par des élus du Congress Party

L’État ne doit pas dispenser d’enseignement religieux, et ne doit prendre des décisions que dans l’intérêt de la nation et non pas d’une religion tout comme en France selon la Constitution. Cependant les partis politiques notamment nationalistes n’hésitent pas à mettre en avant leur position anti-islamique pour récolter des voix.

Il faut aussi savoir que le vote se détermine en fonction des religions la plupart du temps. Ainsi les musulmans de Dharavi votent plutôt pour le Samajwadi Party car c’est un des seuls partis à s’intéresser à la cause musulmane ou bien pour le Congress ou le NCP. Au contraire le BJP et le Shiv Sena mais aussi désormais le MNS sont connus pour leur position plus ou moins extrémiste (moins pour le BJP) contre le Pakistan et les musulmans. Il arrive même que le vote soit déterminé par les régions. Ainsi les Mumbaikars originaires du Sud de l'Inde (et notamment du Tamil Nadu) étaient discriminés par le Shiv Sena à une époque et votaient donc Congress. Cependant il y a un mouvement désormais vers le Shiv Sena de cette population. Ils oublient un peu vite le passé pour se retrouver dans le discours "hindous contre musulmans"

 

Plus qu’une question de racisme, il est facile de comprendre la division religieuse dans la politique en Inde d’une manière historique. La fondation même du pays s’est basée sur une division religieuse. Des massacres et des mouvements de population en 1947 ont marqué la population. Et bien qu’il y est encore entre 13 et 20% de musulmans en Inde selon les régions ceux-ci ne sont parfois toujours pas considérés comme chez eux dans l’Inde aussi appelé « Hindoustan » ce qui veut littéralement dire le pays des hindous. D’où la haine avec le pays voisin, le Pakistan et la politique très fermée concernant l’immigration à l’égard de ce pays.

Malgré le grand rêve du « sécularisme à l’indienne » de Nehru et Gandhi, le pays est encore loin d’arriver à instaurer une vraie laïcité positive lorsqu’on sait que la plupart des États d’Inde ont des lois liberticides à l’égard de certaines communautés religieuses. Malgré la constitution ces lois continuent d’exister car le juge constitutionnel a peu d’influence dans les États fédérés

(désolée pour le droit constitutionnel mais la laïcité fut le sujet d’un de mes devoirs en 1ere année je m'en suis donc en partie inspiré en ajoutant ce que j'ai vu et ce que Vishnu m'a expliqué)

Publié dans Culture et société

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