Rencontre avec la vraie Inde : De la mendicité au don

Publié le par ind'épendante

Je dis toujours qu’un bon début de voyage se reconnaît au fait que je fais toujours une rencontre au départ et à un incident en court de route qui finit par se résoudre. Parmi toutes ces rencontres la plupart se sont faites dans les moyens de transport et je savais donc que le train, surtout lorsqu’on ne sait pas où s’arrêter, est un lieu propice à l’échange avec les indiens. Et ce voyage la ne m’a pas fait mentir.

Nous avons rencontré deux délicieuses et gentilles familles en nous rendant à Agra et en en partant. La première était une famille qui habitait à Agra : la mère, le père et les deux filles. Je leur ai demandé de nous aider pour savoir où descendre et il s’avérait qu’ils descendaient à la même station que nous. Puis ils ont tenté de nous parler un peu et le père qui avait des sacs pleins de sweets nous en a offert. Malgré le fait que nous n’ayons pas faim et que ma famille avait toujours un peu peur de l’intoxication alimentaire, il nous était impossible de refuser son cadeau. Finalement nous avons également discuté avec la plus âgée des deux filles qui était la seule à parler un peu anglais. Ce que j’ai pris au début pour de l’indifférence était en fait de la timidité et elle était très gentille. Elle nous a raconté qu’elle était en pensionnat. Sa petite sœur, qui lorgnait la figurine en plastique Snoopy accrochée au sac à dos de ma mère était aussi mignonne et nous lui avons offert en souvenir ce petit personnage qu’elle n’a pas quitté des mains. Il faisait un froid terrible et elle se cachait sous la couverture de sa mère qui nous observait et participait à nos échanges même sans parler l’anglais. Le père, dans un excès de générosité nous a alors offert une énorme poignée de sweets (on avait déjà eu du mal à finir les premiers…) et une fois de plus malgré nos protestations pour dire que c’est trop il nous était impossible de refuser. Nous étions très confuses, sachant très bien que c’était une famille modeste, mais qu’à la guerre de celui qui donnera le plus à l’autre, les indiens sont souvent ceux qui gagnent. Ayant pris des photos, je voulais au moins pouvoir leur envoyer mais un malaise s’est installé lorsque je leur ai demandé leur adresse. Je ne suis pas sure qu’ils en avaient une, il m’a donné celle d’un village. On les a chaleureusement remerciés à la sortie du train, et il est certain que c’est une des familles dont je me rappellerai toujours.

A notre départ d’Agra cette fois, une famille de Gujarati ou Penjabi je ne sais plus trop s’est installée en face de nous. Et comme souvent, lorsque vint l’heure de leur repas où ils prévoient toujours des tonnes de riz et de Dhal, ils nous ont offert de partager. On n’avait pas vraiment mangé mais on ne voulait pas leur voler leur nourriture. Puis ils se sont préparés à aller dormir car ils allaient passer la nuit dans le train et le froid était paralysant. La mère et son mari qui étaient en face de nous se sont emmitouflés dans la couverture qui nous faisait bien envie tellement nous étions frigorifiées. Nous avons surtout échangé par les rires et la compréhension: Lorsque la femme était en difficulté pour se couvrir et manquait de tomber par terre ou se retrouvait dans n’importe quel sens pour pouvoir tenir à deux sur cette fine banquette, tandis qu’elle s’amusait de notre couverture de survie que nous tentions de déployer, et de mon numéro d’équilibriste pour tenir sur les genoux de ma mère et de ma tante en les couvrant.

Deux rencontres différentes et touchantes qui nous ont encore prouvé que peu importe notre langage nous arrivions quand même à comprendre l’essentiel.

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