Delhi : Entre Modernité et Tradition

Publié le par ind'épendante

Nous atterrissons enfin dans la capitale de l’Inde, celle pour laquelle je m’étais préparée pendant un an avant de finalement opter pour Mumbai. L’aéroport est très facile à comprendre, tout va très vite, on sort, on trouve le chauffeur. Il fait un froid de canard, que je n’avais pas connu depuis un an, c'est-à-dire l’hiver dernier en France. Changement d’ambiance, l’Inde connait bien l’hiver au nord mais on était prévenues (pourquoi suis-je arrivée en leggings et kurta légère sans pull déjà ?) Je regrette mon pull Sciences Po que j’ai oublié à l’appartement et je me dis qu’il va falloir empiler toutes mes affaires pour me réchauffer.

Première impression : les routes sont grandes, propres, ordonnées et bien entretenues… LE Rêve ! Je comprends mieux pourquoi les Mumbaikars disent toujours que Delhi vole tous les impôts ! Je suis ultra jalouse ! Je profite du fait que l’Hindi soit la langue régionale pour parler un peu avec le chauffeur et le mec de l’hôtel pendant que Maman est déjà entrain de songer à ne pas sortir de l’hôtel la journée prochaine. En effet, si je manque d’attention car je discute nous venons d’entrer dans le quartier où se trouve l’hôtel qui est sensé « craindre un peu »: Pahar Ganj. Maman est choquée, moi je ne vois pas vraiment en quoi il faut l’être, ça me parait ressembler à n’importe quel quartier « populaire » que j’ai traversé à Mumbai. Nous arrivons devant l’hôtel et moi qui avais lu sur le guide qu’il se trouvait dans une petite rue coupe gorge je suis très étonnée de voir que nous sommes dans une rue normale avec la place de faire passer des voitures dans les deux sens… non vraiment pas de quoi faire un plat sur l’insécurité. L’hôtel est tout de même un contraste de « luxe » par rapport à la rue, de grands espaces et de jolies chambres, très modernes, rien d’exceptionnel. Il n’y a pas de chauffage, mais j’ai une énorme couette moelleuse pour moi seule. Voila la seule raison pour laquelle l’hiver me manquait.

Le lendemain matin, réveil de bonne heure car nous n’avons qu’une petite journée pour découvrir Delhi. Après avoir lutté pour avoir de l’eau chaude (il faut en fait attendre 10min en laissant couler l’eau, bravo l’écologie), nous prenons rapidement notre petit déjeuner et nous dirigeons à pied vers le métro. Je tombe de suite amoureuse du charme de cette ville endormie par le froid de l’hiver. La brume est très présente (nous apprenons à la télévision de l’hôtel que la plupart des vols sont annulés à cause du brouillard… on a eu de la chance). Évidemment, les couleurs chatoyantes disparaissent car les femmes couvrent leur sari de pull chaud, mais ça ne me dérange pas. La vie tourne au ralentit, et c’est peut être horrible à dire mais la pauvreté et le froid c'est beau d’un point de vue esthétique.

Mais je vous rassure, je n’ai pas aimé Delhi parce que c’était pauvre, je l’ai aimé parce que c’était authentique. Cette ville, qui est un très mauvais point de départ pour tous ceux qui ne connaissent pas l’Inde et qui ne se sont pas préparés psychologiquement, se trouve être exactement l’idée que je m’étais faite de ce pays: un grand chaos organisé, riche de diversité, de religions, de moyens de transports, qui donnent à la ville un aspect de grande fourmilière. Cette ville m’a inspiré l’abondance et la générosité non pas en terme de richesse matérielle mais en terme de découverte et de partage.

Le quartier d’Old Delhi est sûrement le meilleur pour trouver ce sentiment de « marché géant » puisque justement nous nous rendons à Chandi Chowk (le grand marché). Pour y aller nous tentons le métro (puisqu’on m’a dit que ça allait). On appréhende quand même un peu, parce qu’à Mumbai le local train ce n’est pas vraiment ça… et c’est donc la surprise lorsqu’on découvre un vrai métro, qui ressemble beaucoup à celui de Londres, et que je trouve plus propre que celui de Paris. Il y a autant de monde que dans les grandes capitales, des portes automatiques, l’annonce des stations à venir, le côté des portes qui vont s’ouvrir et l’indication des stations par un éclairage sur le plan de la ligne. Le métro a tout d’un grand et nous voila rassurées. Ils ont même inventé un système de jeton magnétique pour rentrer et sortir du métro (obligé de le laisser à la sortie) pour éviter d’avoir des billets en papier. Non, vraiment, je donne un énorme bon point au métro de Delhi. De plus on retrouve les wagons « spécial femmes » et des queues sont organisées devant chaque porte pour que ça ne soit pas la cohue. Je suis admirative.
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Arrivée à Chandi Chowk donc, c’est la cohue, le grand brouhaha ! Nous passons devant un temple, et nous découvrons des dizaines de rickshaws qui sont en fait des sortes de tuktuk tirées par des hommes à vélo. On n’essayera pas, pour la bonne raison qu'on se sentirait bien trop honteuse de demander à un homme de nous tirer toutes les trois sur plusieurs kilomètre pour même pas un euro. Aujourd’hui on va utiliser nos jambes et c’est donc parti pour circuler au milieu des vaches, auto rickshaw, rickshaw, ordures, vendeurs d’épices, marchands, passants et autres. Nous arrivons sur une grande artère qui mène au fort rouge sur laquelle se trouve divers temples. Tout d’abord la fontaine qui se trouve sur la place est un monument en mémoire des martyrs sikhs. En face, se trouve un énorme complexe sikh, dans lequel il est apparemment permis d’entrer, mais comme il semble qu’il faille se mouiller les pieds et qu’il fait très froid on laisse ça aux croyants. C’est un défilé de turban qui se fait sous nos yeux, avant de continuer pour passer cette fois devant un temple Jaïn. A la fin de la rue, en face, se trouve un monument massif et ocre : Le célèbre FORT ROUGE ! Ça y est, ma mère se croit dans Pékin Express, ça lui rappelle qu’on avait regardé l’émission ensemble pour la préparer psychologiquement à mon départ.

Le Fort Rouge : Ce monument massif est vraiment imposant. On a l’impression de se trouver en haut d’une montagne. En passant le porche on se retrouve entre l’Inde et le Maroc dans une sorte de grand souk. Un marché couvert où les marchands vendent désormais dans chaque alcôve des souvenirs ou des bijoux. On imagine à l’époque l’abondance d’or, de pierres précieuses et de soie, ça fait rêver… Malheureusement, une fois arrivé de l’autre côté on peut être un peu déçu si on s’attendait à un château fort, car le palais est majoritairement en ruine. Du moins l’ensemble, car un grand nombre de pièces sont bien restaurées mais tout est ouvert sur l’extérieur, comme si chaque partie était un temple grec au milieu du gazon. Cependant c’est une première découverte de l’architecture Moghol pour nous et on ne crache pas dessus. P1100550-copie-1.JPGOn apprend pour la première fois à distinguer un Diwan I Khas d’un Diwan I Am (respectivement salle d’audience privée et publique) Les Jardins devaient être paisibles à l’époque mais ils ne sont pas encore vraiment restaurés et un bâtiment militaire britannique (certes beau) vient gâcher l’ensemble par sa construction durant l’époque coloniale. L’ensemble est plus petit que le Fort Rouge d’Agra mais on prend quand même plaisir à le découvrir et les musées sont eux bien présentés avec des pièces intéressantes. On finit par un musée un peu à part qui se trouve vers l’entrée sur la gauche au fond d’une allée de drapeaux indiens et qui retrace l’histoire de la révolte des indiens jusqu’à l’indépendance. Ça me rappelle que j’avais découvert l’histoire de l’Inde lors de mes cours d’anglais européen et des petites anecdotes tel que le fait que la révolte des cipayes fut déclenchée parce que les anglais utilisaient de la graisse de vache ou de porc pour les cartouches (ce qui est un non respect des religions hindous et musulmans).

En ressortant nous longeons le Chowk et nous rêvons d’acheter les grosses couvertures et les gros pulls aux couleurs ridicules mais qui ont l’air de tenir bien chaud. Maman se sent en insécurité car nous entrons dans un quartier majoritairement musulman, (y'a pas qu'en France qu'on fait des amalgames mais il est vrai que les quartiers musulmans sont souvent considérés comme zone sensible du moins à Mumbai) en effet j’ai entendu dire que ça pouvait craindre, mais moi, je me sens tout à fait à mon aise. Nous arrivons près de la mosquée mais nous la visiterons dans l’après midi parce que nous avons drôlement faim ! Comme le quartier est assez sale je ne me risque pas à chercher un restaurant. On suit le guide, qui nous mène dans un restaurant délicieux et dont les cuisiniers auraient servit la cour à une certaine époque. Le Karim vaut en effet vraiment le coup, mais les portions sont énormes ! Commandez des « half » portions, vous pourrez toujours les partager, nous ils se sont trompés sur la commande du coup, on a du gaspiller la moitié car nous avions des plats entiers de poulets différents et c’est bien dommage. C’est aussi l’occasion pour marraine de regoûter au Gulab Jamun et pour nous de prendre un autre sweet typique à la pistache.

Une fois le repas fini je me rends compte qu’on n'aura rien le temps de faire d’autre que la Jama Masdjid (mosquée). On se dirige donc à l’entrée et là… c’est la bataille. L’entrée est de 200roupies pour les appareils photos mais sinon gratuite. C’est marqué sur le guide, c’est marqué à l’entrée mais les gardes inventent des règles en disant que les touristes payent de toute façon. Je décide quand même de rentrer mais ma mère et ma tante ne me suivent pas. (Pourtant j’avais raison pour avoir demandé plus tard). Une bataille s’en suit avec le gardien, à l’issue de laquelle je peux rentrer car je suis « indienne » grâce à ma carte d’enregistrement du FRRO. Cependant si je ne peux pas prendre de photos ça ne vaut pas la peine, je paye donc pour moi mais maman et marraine restent dehors. Dommage l’intérieur est vraiment magnifique. Elles auraient du me suivre malgré le garde qui a d’ailleurs hérité de mon premier gros mot en Hindi ! Ne me dites pas que je vais finir par avoir des problèmes, les indiens ne savent pas s’énerver (contre une fille?), surtout quand ils savent qu’ils ont tort ! Je me rends compte après qu’il y a deux autres entrées et que certains gardes respectaient la vraie règle mais pas le temps d’y retourner. Et puis certains touristes s’étaient eux fait avoir en devant porter des « robes au motif hawaïen » du grand n’importe quoi pour ne pas « dénaturer le lieu » (Bah voyons !) Encore, certain doivent la porter gratuitement, mais d’autres payent… Tout est vraiment bon pour arnaquer le touriste (je précise le touriste occidental pas indien) et ça me met HORS de MOI ! Le prochain indien touriste que je croise en France va lui aussi payer 10fois le prix des entrées au musée et être obligé d’acheter toute sorte de chose ridicule !

Voici mon coup de gueule aux rickshaws, taxis, et tout indien travaillant dans le tourisme qui a perdu toute morale sous prétexte que le blanc a de l’argent. Ils pratiquent une discrimination que je trouve infâme ! Ils sont ceux qui font du tort à leur merveilleux pays en faisant passer le peuple indien pour des voleurs. Ils sont ceux qui font du tort à la beauté de la générosité du peuple indien ! Ils ont désignés les mauvais ennemis, et j’espère qu’ils en prendront conscience avant de faire du mal au monde du tourisme, car leur attitude est une des raisons pour lesquels les blancs deviennent si arrogants et désagréables à l’égard des vendeurs de rues, des taxis honnêtes et des vendeurs de tickets ! Si quelques-uns n’essayaient pas constamment de nous avoir on ne négocierait pas trop bas les prix des souvenirs que l’on achète (lorsqu’on accepte de s’arrêter), on ne refuserait pas de payer la totalité d’une course de taxi parce que celui-ci nous a trimballé plus ou moins accidentellement dans toute la ville, on ne se demanderait pas si le prix à l’entrée d’un monument est le bon, on ne se battrait pas pour 200roupies (soit 3€) juste pour le principe de leur faire passer le message que le Blanc n’est PAS la vache à lait !! (Surtout quand comme moi vous travaillez gratuitement pour eux, vous épuisez toutes vos économies faites depuis 2ans dans leur pays, que vous essayé de vous intégrer et que vous savez pourtant qu’ils essayeront toujours de vous avoir). Voila pourquoi, ce pauvre homme, qui essaye tant bien que mal j’en suis sure d’avoir le plus d’argent possible pour nourrir sa famille et avoir une vie descente s’est reçu un « Bhenchod » (pour ceux qui parlent anglais « sister fucker ») en guise de déclaration d’amour de ma part ! Descendez dans la rue, faites la grève comme les rickshaws de Mumbai, râlez contre le gouvernement et l’inflation, je vous soutiendrai de tout cœur, montez des syndicats ou des associations pour établir un accord sur les prix entre vous, mais arrêtez d’essayer de m’arnaquer!

Ma crise de nerf, due à 5mois de frustration reportée sur un pauvre indien qui me demandait de payer 3€ pour admirer un magnifique monument, passée; il est temps de retourner prendre les bagages et d’aller à la gare. Le métro est bondé car c’est l’heure de pointe, et nous sommes heureuses d’être parties à l’avance car sinon nous aurions raté notre train pour Agra. Un taxi (ne suivant pas mes instructions…) fini par nous mener à la gare. Heureusement, on retrouve la beauté du geste désintéressé quand un indien se soucie de savoir si on est bien au courant du quai où se trouve notre train. Il préfère s’assurer qu’on arrive à bon port et nous mène donc au guichet. C’est bon, tout est ok, ne reste plus qu’à attendre le train… qui est en fait déjà là ! (Et oui les trains ça peut être en avance !)

Et dans le froid, nous nous dirigeons vers Agra pour enfin voir LE TAJ MAHAL ! Je regrette déjà de ne pas pouvoir rester plus longtemps à Delhi et espère pouvoir l’ajouter sur le parcours de mon voyage de fin d’année !

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