Chaleur, Quiétude, Sueurs froides et Méditation

Publié le par ind'épendante

 

N’ayant toujours pas réalisé l’ampleur de la chaleur, que je pense égale à celle des jours passés à Kolkata, je décide marcher dix minutes jusqu’à la Stupa (lieu sacré), vraiment pas loin, et visible de l’autre côté de la rivière asséchée. GRAVE ERREUR ! Le pont me parait infini, comme s’il s’étirait au fur et à mesure de mes pas, je n’ai pas mis de crème solaire, j’ai oublié mon chapeau, ainsi que ma duppatta (écharpe en matière voilée, assez légère mais qui protège du soleil) ! Pas de coup de soleil au final et heureusement que dès mon arrivée dans la ville j’avais investi dans une bouteille d’eau. Cependant j’ai le souffle court, comme si j’avais fait un marathon. Un peu d’ombre vers la stupa et je décide de prendre un rickshaw pour faire le chemin retour. Il s’agit d’un rickshaw à vélo et non pas d’un auto rickshaw comme à Mumbai, un homme nous tracte donc, le moine, moi, et la carriole sur laquelle nous sommes assis à la seule force de ses jambes appuyant sur les pédales de son vieux vélo sous un soleil de plomb. C’est la première fois que je prends un rickshaw de ce type et je culpabilise, enfin, je l’avoue, juste le temps de me dire que si je n’étais pas dans cette carriole je serais en train de mourir sur la route. Et puis c’est l’éternel débat, lui il est bien content que je sois là, moi touriste, à le payer pour ce misérable travail sans lequel pourtant il ne pourrait nourrir sa famille, mais bon, ça c’est un autre débat.

 

Nous nous dirigeons vers un restaurant de bord de route pour prendre des forces avant le reste de la visite. Me voila donc à manger des « mash potatoes » (de la purée quoi, je vous rappelle que je me remettais doucement d’une violente intoxication alimentaire), après être descendue puis remontée dans le rickshaw-vélo car la pente était trop dure pour qu’il nous tracte jusqu’en haut. Je remue mon Coca pour qu’il n’ait plus de bulle et se transforme en médicament de fortune (Aparté : j’avais cependant de vrais médicaments indiens que j’avais acheté à Kolkata en faisant une expédition dans une pharmacie, découvrant par la même le système de rickshaw très particulier de cette ville. Ceux-ci contrairement aux autres grandes villes d’Inde fonctionnent comme des lignes fixes de bus et non pas comme des taxis, ils ne vous emmènent donc pas où vous le souhaitez dans la ville et il faut connaitre les parcours.) Il faut donc bien le dire, Triste voyage culinaire ! Enfin, pour l’instant. Mon petit moine ne mange RIEN ! Enfin, deux toasts nature ! J’hallucine ! Ça fait parti de sa formation religieuse, il ne faut pas manger avec excès ! Oui mais bon, de là à ne rien manger du tout…


Une fois le repas fini, nous prenons la direction des monastères, il y en a un pour chaque pays bouddhiste. L’objectif, la grande statue de Bouddha. Ça n’est pas très loin ! Sauf qu’une fois encore, il est 13h, le soleil est au zénith, et tout, absolument tout, est fermé ! Dieu seul sait pourquoi ! Du coup, je n’ai pris que des jolies photos à travers les grillages et l’effet est raté concernant la statue géante qui est trop loin pour que je ne me sente toute petite. Cette fois je vais vraiment m’effondrer, j’ai la tête qui tourner et l’impression d’avoir des hallucinations, on prend donc un autorickshaw et peu importe le prix ! Mon petit moine (Vraiment, vous voulez que j’écrive son nom à chaque fois alors que je sais à peine le prononcer !?), me propose de me reposer à l’ombre dans sa chambre. A la vue de mon état, je ne pouvais vraiment pas refuser. Je finis donc par prendre une douche en rigolant doucement à l’idée que je suis nue dans la salle de bain d’un moine. Malgré le fait qu’il ait confessé me trouver « très belle » et qu’il ait mentionné l’abstention comme la règle numéro 1 parmi les quatre règles fondamentales à observer en tant que moine, tel un frustré, j’ai confiance avec cependant toujours une appréhension qui me laisse en alerte, au cas où ! Et ça m’énerve !


Après m’être rafraichie, nous discutons, de tout et de rien, parmi les 4 règles, mis à part l’abstinence, il y a aussi le fait de ne pas tuer, de ne pas voler, et ... Et bien j’ai déjà oublié ! La charité et l’interdiction de faire des affaires font aussi partie de la vie d’un moine, et celui que j’ai rencontré applique ces principes depuis l’âge de 14ans par choix, malgré les réticences de ses parents. Il me montre des photos du Myanmar (anciennement appelé la Birmanie), un pays inconnu pour moi et assez mystérieux. Il me parle des relations Myanmar/Chine, il parle de sa thèse (mais c’est dur de comprendre tout le temps ce qu’il dit dans un anglais parfois un peu flou), puis il me raconte des histoires sur Bouddha. J’arrive alors, enfin, à lui demander de manière détournée qu’il m’explique la méditation comme la pratique les moines. Il m’apprend sur le champ. Position en tailleur (pas les jambes empilés car ça fait mal et ça déconcentre plus vite), jambe gauche vers l’intérieur et droite vers l’extérieur, la main droite sur la main gauche, paume vers le ciel et pouces qui se touchent, puis, si des crampes viennent dans les bras, laisser les mains tombant sur les genoux. Tout est une question de focalisation sur la respiration, sentir l’air dans son nez entrer et sortir, et uniquement ça. Il faut faire abstraction des six sens (je n’ai pas compris ce qu’était le 6ème sens).


Miracle ! J’arrive à garder mon sérieux, et je sais que ça marche pour se calmer car ceux sont aussi des exercices de chant et de sophrologie.


Vers 17h, alors que le soleil se couche dans une heure, Hterlnda me dit que c’est la bonne heure pour me rendre au temple et achever ma visite de Bodh Gaya. Il me laisse m’y rendre seule, me disant qu’il me rejoindrait plus tard. Je recommence alors, après ce moment de quiétude, la paranoïa. « C’est un faux moine » alors qu’il m’a montré son passeport, « il va voler mon sac à dos et mon caméscope resté chez lui pendant que je suis au temple » etc. etc.

Une fois dans l’enceinte des jardins entourant le temple, je me calme, en arpentant les dédales des allées. Si je me suis faite avoir c’est trop tard, donc tant pis ! Les dalles du sol sont encore brulantes, je suis encore reconnaissante d’avoir rencontré ce moine qui m’a permis de poser mes affaires et sans l’aide de qui je serais morte de fatigue et de chaleur. La balade est très agréable, je passe d’abord par le bassin où Bouddha aurait été en méditation malgré les orages et les animaux pendant plusieurs semaines. Au milieu, une énorme statue de Bouddha dans un serpent. Des passages, ponts, escaliers, conduisent aux quatre coins du jardin. Je décide d’en faire le tour avant d’entrer dans le temple. Des dizaines voir des centaines de sortes de tours et de bouddhas sont dans les jardins. Il s’agirait de reliques, ce qui fait sens. Dans le jardin, divers lieux de méditation du Bouddha sont recensés, dont un arbre où le Prince Siddhartha devint Bouddha et qui est entouré de barrières dorées comme le sont les idoles. Le trône de Bouddha se trouve derrière. Une prière est en cours, j’observe, c’est assez prenant, je finis par entrer dans le temple qui, s’il est impressionnant de l’extérieur par sa grandeur et sa forme pyramidale, est vraiment très décevant de l’intérieur. Pour finir, je vais appliquer mes cours de méditation dans le jardin. Il est vraiment que c’est assez reposant d’autant que le cadre est exceptionnel mais de là à pratiquer tous les jours…

Mon moine me rejoint comme il l’avait dit, nous méditons ensemble, je me sens une fois de plus très bête d’avoir eu peur qu’il se soit enfui avec mon sac.

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