Agra : Au royaume de la brume

Publié le par ind'épendante

Sorties du train dans un froid toujours grandissant un taxi nous attendait pour nous conduire à l’hôtel. Il essaye de nous vendre un tour complet pour le lendemain que je refuse de suite. Cependant vu la situation de l’hôtel et le programme très serré du lendemain, en y réfléchissant à deux fois nous décidons de le rappeler. L’hôtel n’est pas fantastique, il fait toujours aussi froid et après une soupe tout le monde au lit pour voir le Taj Mahal à l’aube !

Enfin presque car le major d’homme nous fait savoir que demain un brouillard épais est prévu sur la ville (comme depuis qu’on est dans le Nord à vrai dire) et que si nous nous levons à 5h du matin pour voir le Taj Mahal à 6h ça ne vaut pas le coup car on ne le verra pas… Je suis déçue ! Mais en effet, le lendemain en arrivant à 9h le brouillard est toujours très présent et on se dit qu’on a bien fait de se lever plus tard. Le chauffeur qui nous accompagne donc toute la journée nous dépose à 500m du Taj car il faut marcher le long du chemin pour rentrer par la première porte et les jardins. Nous déclinons l’offre des guides car il y a bien trop de brouillard pour voir les détails de toute façon. La première porte d’entrée est magnifique et derrière est supposé se trouver la vue typique des cyprès alignés donnant sur le Taj. Sauf que… le TAJ n’est PLUS là ! Il a été volé dans la nuit !

Plus sérieusement, en face de nous se trouve seulement un énorme mur blanc de brouillard qui ne nous permet même pas de deviner la silhouette du monument. Je me demande même à quel distance il se trouve car on ne voit absolument rien. Après une dizaine de mètres nous sommes perdues dans le brouillard sans point de repère car la porte derrière nous à également disparue ! Il nous faut donc suivre les cyprès et ne pas s’en éloigner si nous ne voulons pas nous retrouver perdues dans les flots de brouillard.

Je me dis qu’heureusement j’avais pu voir le Baby Taj à Aurangabad pour avoir une idée de l’ensemble. On finit par discerner le socle du monument à quelques mètres de nous, le voila enfin, et c’est dommage que nous ne puissions même pas en apercevoir le sommet. On rentre dans l’édifice pour découvrir les merveilles d’ornements en pierres précieuses, la sculpture des arcades à même le marbre et les tombeaux (vides) qui se trouvent à l’intérieur. Les photos sont interdites, mais comme tout le monde en prend on ne se gène pas non plus, même si on se fait plus discrètes que les touristes indiens. En sortant, je suis soulagée de découvrir que l’on aperçoit un cercle lumineux à travers la brume. Si l’on peut commencer à discerne le soleil c’est que la brume va vraiment se lever. On découvre le fleuve qui passe à l’arrière du monument, sur lequel les bateaux naviguent et on peut voir la mosquée et sa réplique des deux côtés du Taj qui sont aussi belles que le mausolée. La lumière parvient enfin à se refléter sur la surface du marbre glacé blanc et nous pouvons admirer la structure dans son ensemble. La brume ajoute finalement un charme à ce qui m’a évoqué une grande bulle. Ce bâtiment a définitivement quelque chose de gracieux et aérien malgré sa structure de base très carrée qui est en fait harmonisée par les trois dômes. Si vous vous demandez encore, oui il mérite le nom de merveille du monde, mais je pense que nous en serions encore plus impressionnés si nous ne l’avions jamais vu car il est vraiment « comme sur les photos ». D’ailleurs en repartant et en laissant nos merveilleuses « couverture de pied » nous avons pris la fameuse « photo touriste » que tout le monde fait. On aura donc pu finalement le voir, ce monument qui se faisait timide en début de journée. Pas le temps cependant de s’attarder pour savoir pourquoi les médias sont là (haha Nous étions suivies de près par Oprah Winfrey) car il faut se presser au fort rouge d’Agra.

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Celui-ci est plus impressionnant que celui de Delhi en taille. Il est aussi au sommet d’une montagne dont la pente est rude d’ailleurs. On retrouve par contre les mêmes éléments du palais que dans l’autre fort. L’ensemble cette fois ressemble réellement à une forteresse, avec une richesse dans les détails des sculptures. Le chauffeur nous apprend que c’était la troisième capitale après Delhi et Fatehpur Sikri ou nous nous rendrons dans l’après-midi. En sortant, un grand malade de père japonais se met à battre son gosse avec une ceinture, les indiens choqués s’attroupent autour mais… ne disent rien. 1er épisode de la passivité à l’indienne.

En sortant ma mère remarque deux enfants faisant la manche sur le trottoir qui la regarde d’un air désespéré que je n’oublie pas. Elle répond « ne me faites pas ça s’il vous plait ! » et je la comprends. Je me rappelle alors que nous avons dans le sac à dos ces « sweets » que les gardiens du Taj ce matin ne nous ont pas confisqué malgré la règle de ne pas avoir de nourriture en entrant sur le site et tant mieux car je demande à ma tante de le leur donner (je ne peux pas le faire ça me fait trop de mal). J’ai peur qu’ils refusent et qu’ils demandent de l’argent, ou je ne sais pas trop. Ma tante laisse le sac au plus grand qui tient le petit dans ses bras, il ouvre le sac et prend un air étonné de celui qui découvrirait de l’or dans un lieu improbable. Il montre au petit ce qui s’y trouve et se retourne vers nous l’air stupéfait mais avec un sourire magique. Je suis soulagée de savoir que c’était une mini bonne action, même s’ils sont toujours sur le trottoir…  On traverse la route pour retrouver notre chauffeur et nous faisons assaillir par les vendeurs, comme s’ils étaient des paparazzis et nous des super stars. On se dépêche de retourner à la voiture dont j’ai du mal à fermer la portière à cause des vendeurs.

Nous nous dirigeons donc vers Fatehpur Sikri à quelques heures de route de la pour manger et finir hâtivement la journée. Le chauffeur comme partout ici est commissionné s’il nous arrête à des magasins ou à des restaurants, on refuse tout en bloc, pas le temps et pas l’envie d’acheter. On s’arrête juste au restaurant (qui est vraiment infecte) parce qu’on sait qu’il n’y en aura pas sur le site.

Le chauffeur nous arrête ensuite en bas de la colline, où l’on doit prendre un bus en traversant les allées de boutique. Un vendeur qui parle bien le français veut absolument qu’on se rappelle de la boutique n°71, passez donc lui dire bonjour pour nous si un jour vous y allez car nous n’avions pas le temps de faire du shopping. Une fois en haut, nous commençons par le palais qui est pour moi plus beau et impressionnant que les deux forts. Je suis heureuse d’être venue jusque là car je trouve l’étendue impressionnante et puissante. De plus le style est unique car le Maharaja qui vivait là avait trois femmes chacune d’une religion différente. Des références chrétiennes, musulmanes et hindous sont donc présentes et mélangées dans tout le palais. C’était donc la deuxième capitale après Delhi. Après avoir visité le palais nous nous dépêchons d’aller à la mosquée en face. Entre les deux, des enfants nous demandent nos billets que nous ne réutiliserons plus mais on apprend plus tard qu’ils les trafiquent et les revendent aux touristes et qu’il ne faut donc pas les leur donner. On ne veut toujours pas de guide mais un des hommes à l’entrée nous le propose quand même, nous suit, éloigne les enfants ennuyeux autour et est plutôt intéressant. Il promet de ne rien nous demander à la fin (même si on sait qu’on lui laissera un billet). Il nous explique l’architecture et le surnom de la mosquée « du vendredi ». Il nous montre comment faire un vœu et nous explique que Carla Bruni Sarkozy est venue ici avec son mari pendant sa visite en Inde pour faire un vœu de fertilité ! Je rigole bien en me disant que c’est donc une mosquée qui a donné un enfant au fervent défenseur de la religion musulmane hahaha. J’aurai préféré qu’ils ne le laissent pas entrer dans ce magnifique bâtiment qui ressemble à la fois à une cour de village et à une mosquée. Je l’ai presque préféré à la Jama Masdjid de Delhi. Abdul (et oui je me rappelle mieux les noms musulmans que les noms indiens) nous conduit finalement à son « magasin », il fallait se douter qu’il y avait tout de même une question d’argent. On ne lui achète rien mais on lui laisse de l’argent comme on voulait le faire.

Puis on se hâte car il faut encore rentrer récupérer nos affaires et aller prendre le train. On profite du long trajet pour parler avec le chauffeur qui s’appelle Raj (finalement je retiens mieux les noms dans le nord de l’Inde). Ce gentil bonhomme a donc trois enfants, deux filles qui sont au 6th et 8th standard et un garçon en 10th (le plus âgé donc). Il a fait un mariage d’amour ! (je suis toujours enthousiaste lorsqu’on me dit ça), il est très fière de sa femme et nous explique qu’elle est femme au foyer mais qu’elle s’occupe aussi des enfants du voisinage. Il est lui-même chauffeur depuis 20ans pour l’hôtel dans lequel nous étions et 3ans avant pour d’autres. Il nous donne quelque informations et notamment le secret de la conduite en Inde qui nous fait bien rire « Good Horn, Good break and Good Luck » à savoir « bon klaxon, bon frein et bonne chance ». Il nous explique également que les vaches ici ont une grande valeur (50000rs par vache) car elles produisent du lait. On peut avoir jusqu’à 30L de lait par jour en deux traite et un litre coûte 30rs ce qui explose le salaire moyen indien avec une seule vache et la rentabilise en deux mois. A l’hôtel on recroise un des rares indien mignon que je verrai de l’année hahaha ! (Il doit donc surement être gay puisque c’est une corrélation que nous avons établit avec ma colocataire).

Une fois à la gare, le soleil s’est couché et il fait vraiment extrêmement froid. Le train a énormément de retard, 3h ou 4h et nous sommes gelées. En face de nous se trouve le luxueux Maharaja Express un hôtel-train très célèbre qui est malheureusement au dessus de nos moyens. On rencontre cependant beaucoup d’étrangers qui attendent aussi dont des parisiens et des indiens de Chennai. On passe donc le temps en papotant

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