Ça n’est pas un réseau de prostitution mais ça aurait pu l’être

Publié le par ind'épendante

C’est à l’occasion de mon premier évènement, où j’ai du occuper le poste de manager artistique que j’ai pu comprendre pourquoi le cliché que ma mère avait eu sur les Russes n’était pas si loin que ça de la vérité

L’évènement de Goa était un mariage sur trois jours dans un hôtel, toute la famille, les amis, les associés et les contacts professionnels étaient invités, ce qui fait une bonne centaine de personnes voir un peu plus. Mon rôle dans cet évènement était de m’occuper de deux groupes de danseuses. Des anglaises pour le diner du 1er soir, des russes pour la pool party (fête autour de la piscine) de l’après midi. Si pour le 1er soir tout s’est bien déroulé ce ne fut pas le cas le deuxième jour.

La première danseuse russe est arrivée dans ma suite vers 9h30 (ouaip j’ai ma propre suite je sais, je me la pète). J’ai donc dû l’accueillir et j’ai pu parler avec elle puisque l’évènement ne commençait pas avant 12h. De plus nous devions également attendre deux autres filles. Je lui montre alors les costumes que Chirag (mon collègue) a prévu pour elles et je découvre sa réaction (plutôt justifiée). « Mais pourquoi ils nous demandent tout le temps de porter ce genre de costume ? On n’est pas des prostituées ». En effet, elle n’est pas une prostituée mais pour les indiens une russe danseuse en free lance c’est tout comme. Elle me prévient qu’elle ne se laissera pas dicter sa tenue, je me prépare donc à un bras de fer en début d’après midi entre les danseuses et Chirag.

 Une fois les deux autres arrivées, j’apprends que deux d’entres elles parlent un peu français (apparemment les petits amis français ont la côte chez les russes). Puisqu’elles se font un grand dialogue en russe et que je ne comprends rien je rejoins Chirag pour qu’il me briefe sur le programme de l’après midi. Et là il m’explique tout simplement qu’il faut absolument surveiller ces danseuses, qu’elles se plaignent tout le temps, qu’elles mangent en permanence et qu’il faut s’assurer qu’elles ne nous coûtent pas d’extra. Enfin il me dit de faire très attention à mon porte monnaie. Traduction : pour eux les russes sont des sales petites voleuses, de la vermine qu’il faut dompter. (Ça n’est évidemment pas le cas).

Vers 14h les filles se plaignent qu’elles sont venues trop tôt puisque l’évènement ne commencera en fait qu’à 15h. Nous les accompagnons se changer et se maquiller. Et là, le combat de fer commence. Une des filles se débrouille pour ne pas porter la mini, mini jupe rouge en similicuir hyper moulante car la fermeture éclair est cassée. Soit, elle portera une de ses robes (léopards mais tout de même moins trash). Je dois les presser un peu pour qu’elles se maquillent en vitesse et je les entends déjà râler (le mot « prostitute » est transparent en russe).

Une fois autour de la piscine leur mission est à la limite de l’acceptable : Danser avec les clients, les faire s’amuser, leur parler, à mi chemin entre l’Escort girl et la danseuse. Je dois évidemment les superviser et m’assurer qu’elles remplissent leur rôle. Entre deux verres de Mojito, un poulet au curry et un coup de soleil (je suis supposée « m’amuser » car on connait l’organisateur) j’ordonne donc aux filles d’aller sous le « rain drop » (c'est-à-dire des jets d’eaux qui simulent la pluie), se trémousser, je leur demande d’aller parler aux autres, de danser avec eux, de se séparer. L’une d’elle passe de mains en mains pour prendre des photos avec chacun des vieux, gros et gras indiens et je suis sensée penser « c’est très bien, elle fait bien son job ». Au bout d’une heure je leur demande d’aller se changer pour une autre tenue au motif « armée commando » encore plus courte. L’une d’elle me dit qu’elle est malade et qu’elle va attraper la crève, et accessoirement qu’elle ne veut donc pas aller ni sous les jets d’eau, ni dans la piscine (à une pool party…), moi je comprends bien mais Chirag pas du tout et il lui somme de s’habiller comme il l‘entend. Elles ont au bout d’une heure de plus enfin le droit d’aller manger.

Je peux alors enfin profiter de la piscine pendant quelques minutes (en maillot de bain indien c'est-à-dire toute habillée). Je comprends alors très bien ce qu’elles ont pu vivre puisque tous les hommes m’entourent pour danser avec moi en me demandant si je suis russe, ce à quoi je leur réponds que je suis française et que je suis ici pour travailler et non pas danser (bon ok je suis dans la piscine quand je leur dis ça et alors ?!) Les hommes, qui ne sont pas découragés pour autant me demande mon numéro de chambre… Bon et bien pour la détente on essayera plus tard, je sors de la piscine au bout de 2minutes parce que j’en ai déjà marre de ces vieux pervers, qui ne sont même pas dérangés du fait que leurs femmes se trouvent à 5mètres de nous.

 Dernier changement, et dernier coup de grâce. Moi qui avais déjà l’impression d’être une entraîneuse, cela se renforce lorsque j’aperçois Julia fondre en larmes à quelques mètres en essayant de se cacher. Je tente de la réconforter mais pas moyen, elle part s’isoler dans les toilettes de l’hôtel, et me fait pleurer à mon tour. Non vraiment je n’ai rien à faire ici ! Et à ce moment là je ne pense qu’à une chose, rendre mon tablier avant même d’avoir trouvé un stage de rechange.

Enfin, la fête est finie. Dernier moment avec les filles avant qu’elles ne repartent. J’en profite pour leur poser quelques questions et mener mon enquête. Si j’avais eu une caméra j’aurai pu vendre ce témoignage pour les émissions du genre « zone interdite » ou autre ^^.

Petit récapitulatif de ma conversation :

Q : Pourquoi donc faire ceci si c’est si dégradant pour vous ou du moins pourquoi en Inde sachant que les hommes vous prennent pour des prostituées ?!

R : Parce qu’en Inde ça payent bien, et qu’il y a du boulot côté évènementiel. De plus tu viens de voir ce qui se rapproche des pires jobs que l’on nous propose. Danser/Amuser la galerie/Être proche du client c’est ce qui se rapproche le plus de la limite entre danseuse et prostituée.

 

Q : Tu es danseuse de formation ? Pourquoi avoir choisi de faire danseuse « free lance » ? (Il faut savoir qu’en inde tout le monde est « « free lance » )

R : Non, en fait je suis prof de yoga ici, mais mon petit ami (un français) est web designer et son ordinateur ne fonctionne plus depuis un mois et il est malade, du coup il ne peut pas travailler, ni aller faire réparer son ordinateur et on a besoin d’argent. Je fais ça pour arrondir les fins de mois, mais ça n’est que provisoire (tu m’étonnes pour l’avoir vu danser, je me doutais bien que ça n’étais pas son métier)

 

Q : Et comment sont les hommes avec vous dans ce genre d’évènement ?

R: Je pense qu’ils ne savent pas trop qui nous sommes et ce que nous faisons là. Ils ne savent pas si nous sommes des danseuses ou bien des prostituées. Personne ne le leur dit, et nos costumes ne nous aident pas à leur faire passer le bon message. En général ils viennent danser avec nous, prendre des photos et puis ils nous demandent nos numéros de téléphone, puis nos numéros de chambre. Parfois c’est carrément plus direct ils nous demandent d’avoir des rapports sexuels, de les suivre dans leur chambre. (Elle me précise bien qu’elle n’a jamais accepté)

Q : Toi tu n’as jamais accepté, mais tu connais des filles qui le font ?

 R : Oui, il y en a qui acceptent, pour l’argent souvent. Mais la plupart refusent et précisent bien qu’elles sont des danseuses.

 

Q : Est-ce que tu peux me dire si parfois les managers vous demandent personnellement d’avoir des relations sexuelles avec les clients ?

: Ca arrive oui, pas ta compagnie (Dieu merci !), Chirag est un mec très réglo, il sait pourquoi nous sommes là. Même s’il nous oblige à porter les costumes qu’il veut, il s’occupe de répondre aux clients si ceux-ci veulent nos numéros de téléphone ou autres, il nous donne des astuces pour les éviter sans les vexer. Mais par contre oui des managers me l’ont déjà demandé ou j’ai déjà vu des managers le demander à d’autres filles. Ils le font lorsque le client leur propose de grosses sommes d’argent. Mais la plupart du temps les filles refusent.

 

Voila donc le charmant monde de l’Entertainment avec les filles russes. Le soir même elles quittent l’hôtel pour prendre l’avion, Julia me prend dans ses bras et me remercie de mon aide, j’en conclue que je ferai un très mauvais manager, mais qu’est ce que je préfère savoir que j’ai pu être utile. Du coup j’ai son numéro et une amie potentielle de plus sur Mumbai.

Mais cela ne s’arrête pas là

 Lorsque j’ai pu enfin rencontrer mon patron à mon retour, je lui ai expliqué lorsque nous sommes allés prendre un verre que je n’avais pas du tout aimé cette partie là de l’évènement à Goa. Et il m’a répondu quelque chose d’absolument scandaleux. «Écoute ce genre de filles je les aient vu en Russie, elles dansent nues dans des bars, et puis elles viennent en Inde et elles se comportent comme des princesses, il ne faut pas sympathiser avec elles sinon elles te prennent tout. » Aucun scrupule donc, et évidemment une énorme généralité (toutes les russes sont des salopes). Non vraiment les hommes indiens, ce n’est pas ça.

Publié dans Boulot

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Chezan Gaffour 26/08/2016 09:19

Aucun scrupule donc, et évidemment une énorme généralité (toutes les russes sont des salopes). Non vraiment les hommes indiens, ce n’est pas ça.


Cest quand même incroyable tu reproche aux hommes indiens de faire des généralités sur les femmes Russes et tu fini yoi même sur une grosse généralités sir les hommes indiens .... #balayerdevantsaporte